Rassembler le camp des patriotes: l’urgence qui attend Marion Maréchal Le Pen

Les patriotes, les vrais, ceux qui placent leur pays avant toute autre considération se désespèrent. Ils attendent un chef mais ne voient rien venir à l’horizon. Pourtant il y a urgence !

Les tentatives pour sortir de l’impasse n’ont cependant pas manqué. On se souvient notamment du « Rendez-vous de Béziers », un colloque organisé fin mai 2016 par Robert Ménard, maire de la ville, pour tenter de réunir toutes les franges de la droite nationale. Intellectuels, responsables associatifs, personnalités politiques ou simples militants venus de la droite souverainiste, de la Manif pour tous ou des identitaires s’étaient retrouvés à Béziers pour échanger leurs points de vue sur des sujets comme l’école ou l’immigration. Il s’agissait, sans le dire ouvertement, de combattre aussi l’influence de Florian Philippot au sein du Front national représenté à Béziers par Marion Maréchal Le Pen et Louis Aliot.

Un véritable exercice d’équilibriste pour Robert Ménard dont on connait le franc-parler mais qui devait maîtriser ses propos pour ne pas heurter certains de ses invités. Peine perdue ! Pour un mot de trop perçu comme une attaque contre le Front national la nièce de Marine Le Pen décida de quitter les lieux, au grand dam de l’assistance.

Près de deux années plus tard, les choses ont bien changé. Florian Philippot a quitté le Front national pour créer son propre mouvement « Les patriotes ». Marion s’est mise en retrait du parti après la lamentable prestation de Marine Le Pen lors du débat de l’entre deux tours l’opposant à Macron. Et puis, et surtout, le Front national ne s’est pas remis de son double échec de la présidentielle et des législatives. Le parti est devenu l’ombre de lui-même. Non seulement il n’attire plus, mais désespère ceux qui comptaient sur lui pour s’opposer à la politique actuelle.

Son congrès des 10 et 11 mars qui devait être celui de la refondation n’a été qu’un ravalement de façade. Seule candidate, Marine Le Pen a été réélue à la tête d’une formation politique en perte de repères et qui navigue dans un épais brouillard. Son salut elle a cru le trouver en changeant le nom du parti. Fatale illusion ! Comment peut-on s’imaginer qu’en remplaçant « Front national » par « Rassemblement national » – qui fait un peu réchauffé puisqu’il a déjà été utilisé par le passé-on mettrait un terme à la diabolisation et on pourrait nouer des alliances électorales ! Car c’est bien là le problème. Le parti doit sortir de son isolement s’il veut accéder un jour aux affaires. Mais l’expérience sans lendemain de l’entre deux tours de la présidentielle avec Nicolas Dupont-Aignan montre que la partie est loin d’être gagnée !

Débats bioéthiques à venir

Comment sortir de l’impasse ? La question hante la mouvance patriote qui, depuis des années, se cherche un chef capable d’incarner ses valeurs. Certains mettaient leurs espoirs dans Philippe de Villiers, mais le fondateur du Puy du Fou a définitivement tourné la page de la politique… tout en gardant un œil averti sur l’actualité.

Une actualité marquée aujourd’hui par les conflits sociaux qui risquent de perdurer et de s’amplifier dans les semaines et les mois qui viennent, mais qui demain sera dominée par les questions sociétales et familiales avec les débats bioéthiques à venir (PMA, GPA, euthanasie etc.).

Autant de dossiers qui vont raviver de profondes fractures dans l’opinion, comme à l’époque de la loi Taubira et du Mariage pour tous qui pourraient bien servir de tribune à une certaine Marion Maréchal Le Pen qui était devenue, on s’en souvient, l’une des égéries de la Manif pour tous.

Certes, celle-ci, en renonçant à se présenter aux élections législatives avait annoncé en mai 2017 son retrait de la vie politique. Certes elle avait expliqué à l’époque qu’elle voulait se consacrer davantage à sa petite fille Olympe et souhaitait « découvrir le monde de l’entreprise », raison pour laquelle elle allait s’inscrire à l’EM Lyon Business School pour passer une maitrise en administration des affaires (MBA).

Mais en réalité la politique ne l’a jamais quittée. Si elle a pris du recul par rapport à la politique partisane, c’est pour privilégier la « métapolitique », c’est-à-dire la formation idéologique de fond à travers son projet d’académie des sciences politiques destiné à « former les dirigeants politiques de demain ».

A 28 ans, l’ancienne députée du Vaucluse a tout l’avenir devant elle. Son influence au sein du Front National s’est renforcée depuis son départ. Sa ligne libérale-conservatrice apparaît majoritaire au sein de l’électorat frontiste. Contrairement à Marine Le Pen elle croit fermement à l’union des droites. Dans une interview à Valeurs actuelles (17/05/2017) dans laquelle elle se réclame de « la droite Buisson » elle souligne que « la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires ». Le point commun entre eux étant « la question identitaire ».

Les choses évoluent

Catholique pratiquante, la petite fille de Jean-Marie Le Pen participe régulièrement au pèlerinage traditionnaliste de Chartres comme à celui de Compostelle. En août 2015 elle avait été invitée à prendre la parole lors des universités d’été organisées par le diocèse de Fréjus-Toulon. Un événement qui n’était pas passé inaperçu à l’époque. C’était en effet la première fois qu’un responsable important du FN était convié à ces rencontres organisées par des représentants de l’Eglise. « Une digue à sauté » entre l’Eglise et le FN avait noté Jean-Pierre Denis directeur de la rédaction de l’hebdomadaire catholique La vie connaissant la réserve, pour ne pas dire l’hostilité de la hiérarchie catholique vis-à-vis du Front national.

Mais les choses évoluent. Le terrorisme islamiste, la crise des migrants, ainsi que la personnalité de Marion séduisent de plus en plus un électorat catholique inquiet de l’avenir d’une France qui fut jadis « la fille aînée de l’Eglise ». « Lors du second tour de la présidentielle, prés de 4 catholiques sur 10 ont voté pour Marine Le Pen. C’est deux fois plus qu’en 2002 quand Jean-Marie Le Pen était arrivé au second tour » commente le politologue Jérôme Fourquet, directeur du département opinion à l’Ifop.

A l’évidence des affinités existent entre l’électorat du FN et la partie la plus droitière des Républicains. Marion Maréchal Le Pen n’a d’ailleurs jamais caché sa proximité avec Laurent Wauquiez. Faut-il voir dans ces rapprochements l’amorce de la création d’un arc conservateur à l’américaine ? C’est sans doute ce qu’avait à l’esprit la nièce de Marine Le Pen lorsqu’elle s’est adressée le 22 février dernier à Washington au gratin des conservateurs américains appelant ses « chers amis conservateurs » à « nouer un conservatisme des deux rives ». Un discours que l’ex-députée Front national du Vaucluse n’aurait évidemment pas pu tenir si elle était restée au parti. Libre aujourd’hui de toute attache politicienne elle se sent disponible pour se consacrer à un nouveau projet de société. On peut parier qu’il faudra compter avec elle aux présidentielles de 2022.