Affaire Benalla : Quand la « République exemplaire » pêche en eaux troubles !

A-t-il perdu la baraka ? Trois jours après la victoire des Bleus qui devait redorer son blason, l’affaire Benalla vient brouiller l’image qui se voulait lisse d’un président adepte d’une « République exemplaire ».

« Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne ». Emmanuel Macron aurait dû se souvenir de ce vieil adage romain lorsqu’il a été élu président de la République. N’est pas Jupiter qui veut ! L’exercice du pouvoir requiert de nombreuses qualités. L’autorité et la prudence en font partie. Constituer une équipe pour mener une campagne électorale est une chose, gouverner le pays impose de s’appuyer sur des hommes et des femmes compétents, loyaux certes, mais dont la fidélité inconditionnelle ne peut pas être la seule qualité. Sinon il y a tout lieu de craindre un dérapage.

L’affaire Benalla qui plonge actuellement le pouvoir dans la tourmente en est l’illustration. Certes il n’y a pas eu mort d’homme ! Les faits qui se sont produits en marge de la manifestation du 1er mai à Paris relèveraient de la simple péripétie si la scène, filmée par des témoins, n’avait révélé la présence au sein du service d’ordre d’un personnage qui sans être policier en avait les apparences -portant casque et brassard « police » – et qui se révélera être un homme du cabinet du président de la République.

En quelques jours les Français stupéfaits vont découvrir la personnalité trouble d’Alexandre Benalla, un franco-marocain de 26 ans passé du service d’ordre du PS à la sécurité des meetings électoraux du candidat Macron avant de s’imposer comme le fidèle et omniprésent garde du corps du couple présidentiel.

Un personnage arrogant et suffisant

Un nervi aux méthodes musclées qui avait ses entrées à l’Elysée comme dans tous les palais nationaux. Un conseiller spécial dont le nom n’apparaissait nulle part dans l’organigramme officiel, mais qui disposait d’une carte de visite d’adjoint au directeur de cabinet du président de la République. Un personnage arrogant et suffisant qui bénéficiait d’un train de vie peu ordinaire, avec voiture de luxe et chauffeur et auquel l’Elysée avait mis, récemment, à disposition un logement de fonction quai Branly.

Un homme de l’ombre promu illico colonel de gendarmerie dans la réserve dont il n’était pourtant sorti que brigadier et qui s’octroyait tous les droits. « Connu comme le loup blanc des services d’ordre parisiens, Benalla était aussi redouté sur le terrain en raison d’une proximité avec le chef de l’Etat dont il ne se cachait pas… » raconte un policier au Figaro sous couvert d’anonymat.

Pourquoi de tels égards pour ce personnage sulfureux ? Pourquoi a-t-il bénéficié de tant d’avantages et de passe-droits ? Nombreuses sont les questions qui se posent à propos de cet individu protégé au plus haut niveau de l’Etat. Détient-il des secrets et si oui lesquels ? Pourquoi le président de la République garde-t-il un silence pesant sur cette affaire devenue au fil des jours un scandale d’Etat ? Que veut-on nous cacher ? Macron a-t-il un cabinet noir ? Dispose-t-il d’une police parallèle ? De barbouzes ?

Que de tels individus aient pu gagner la confiance du chef de l’Etat en dit long sur les pratiques d’une République qui se voulait exemplaire, en rupture avec celles de « l’ancien monde ». Mais le fait du prince a ses limites. Cela s’appelle la démocratie. Chose inédite sous la 5e République, les députés de l’opposition ont boycotté l’hémicycle. Ils se sont mis en grève en quelque sorte refusant de continuer à débattre du projet de réforme constitutionnelle (simple coïncidence ?). La majorité a dû céder et la commission des lois s’est érigée en commission d’enquête parlementaire pour entendre les responsables de l’exécutif. A commencer par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

Bien que très proche de Macron l’ancien maire de Lyon ne veut pas servir de fusible et renvoie sur d’autres les responsabilités. Le préfet de police de Paris Michel Delpuech, n’est pas décidé non plus à porter le chapeau, pas plus que le responsable de l’ordre public. Tous tiennent le même discours Benalla ne dépendait pas d’eux. Un déballage public, un interrogatoire sans complaisance retransmis en direct par les télés. Du jamais vu !

Les regards se tournent désormais vers l’Elysée avec l’audition de l’entourage immédiat de Macron. Son directeur de cabinet et le secrétaire général de l’Elysée dont il ne faut pourtant pas attendre des révélations. Seul le chef de l’Etat pourrait répondre aux questions que les Français se posent. Même si celui-ci est protégé pendant son mandat par une immunité, son refus de venir s’expliquer serait pour lui dévastateur. Son autorité est déjà tellement sapée et sa parole discréditée qu’il lui faudrait faire amende honorable pour regagner un peu la confiance des Français. Souvenons-nous du proverbe chinois : « Le poisson pourrit toujours par la tête ». La sagesse, c’est aussi une qualité indispensable pour être chef d’Etat !