Bartolone : les Franciliens ont échappé au pire

Claude Bartolone ONPC le 10 octobre 2015

Oui, ils ont échappé au pire ! A 60 000 voix près, les Franciliens auraient eu Claude Bartolone à la tête de l’exécutif régional. Surnommé « Le parrain » dans le 9/3, sa terre d’élection, le personnage est connu pour son autoritarisme, son sectarisme et ses coups de gueule. N’hésitant pas à écarter, voire éliminer, ceux qui veulent se mettre en travers de son chemin. « L’homme du système socialiste et des vieilles méthodes politiques », raille Valérie Pécresse qui l’a emporté de peu, dimanche, au second tour des Régionales.

Exemple même de l’apparatchick, il a fait toute sa carrière au sein du parti socialiste où il adhére en 1974 à l’âge de 23 ans. Elu conseiller général puis maire du Pré-saint-Gervais en 1979, Il entre à l’Assemblée nationale lors de la vague rose qui a suivi l’élection de François Mitterrand en 1981. Député de la Seine-Saint-Denis il a depuis été constamment réélu dans ce département. Un tremplin qui lui a permis d’être appelé en 1998 au gouvernement par Lionel Jospin.Il restera quatre ans comme ministre délégué à la ville.

Une villa à 2 millions d’euros

C’est au début des années 2000 qu’il va se faire construire sur les hauteurs des Lilas une magnifique villa de 380 m2 avec vue imprenable sur Paris. Un castel moderne en réalité qui, selon nos sources, aurait coûté la bagatelle de 2 millions d’euros. Rien de moins ! Comme quoi la politique n’est pas qu’un sacerdoce ! On comprend ainsi pourquoi « l’honorable parlementaire » devenu président de l’assemblée nationale se soit opposé à la transparence financière  et à la publicité du patrimoine des élus. En dépit de la loi il a d’ailleurs refusé de rendre public le montant et la composition de son patrimoine.

Mais celui qui s’est fait remarquer pendant la campagne des Régionales par sa philippique contre Valérie Pécresse au sujet de « la race blanche » est surtout un bien piètre gestionnaire.

Un rapport accablant de la chambre régionale des comptes

Dans un rapport publié en juin 2015,  la chambre régionale des comptes se montre très critique sur la gestion du département de la Seine-Saint-Denis que Bartolone a présidé de 2008 à 2012. La CRC pointe notamment le nombre pléthorique des collaborateurs de son cabinet. Elle souligne aussi que le personnel du conseil général ne se tue pas au travail. 28 heures par semaine pour les assistants sociaux, 27h30 pour les éducateurs. Un régime particulièrement avantageux qui se traduit par un coût théorique de 514 emplois et un total de 825 751h non travaillées. Et tout cela à la charge du contribuable évidemment. L’assemblée départementale « doit conduire une gestion plus économe de ses ressources humaines » conclut sobrement la chambre régionale des comptes.

Un certain monsieur « S »

Mais les magistrats de cette institution chargée de contrôler les dépenses des collectivités ne sont pas au bout de leur surprise. Ils découvrent en effet l’existence d’un certain Monsieur « S » nommé en 2008 au cabinet de Claude Bartolone. Ce mystérieux collaborateur est reclassé ensuite au sein des services du département où il est « chargé de projet à la direction de la culture ». L’homme a été recruté comme fonctionnaire de catégorie A pour un contrat de trois ans à compter de septembre 2012. Sa lettre de mission précise qu’il est chargé d’écrire un ouvrage historique sur le passé ouvrier et industriel de la Seine-Saint-Denis. Or, quand les magistrats de la CRC qui commencent à se poser des questions, veulent savoir où en est l’ouvrage en question, le département ne leur fournit qu’un plan du futur livre. Ils découvrent aussi que l’homme n’a pas le niveau de diplôme requis pour être administrateur territorial de catégorie A. « Une incertitude existe sur la réalité de son travail au sein de cette direction » notent les magistrats qui soupçonnent un emploi fictif. Et pour cause ! On découvre en effet que le mystérieux monsieur « S » n’est autre que Didier Ségal-Saurel, un ancien vice-président écologiste du conseil général de Seine-Saint-denis. 

Enquête pour détournement de fonds

Celui-ci avait laissé sa circonscription de Pantin-est à Claude Bartolone en 2008 pour lui permettre de se présenter et d’être élu président de l’assemblée départementale. Le pot-aux-roses découvert, une plainte a été déposée le 8 juillet dernier par l’opposition UMP : « La question est de savoir si M. Bartolone s’est payé le poste de président du conseil général aux frais du contribuable » résume Jean-Michel Bluteau, président du groupe. Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête pour « détournement de fonds publics sous la forme d’un emploi fictif » contre l’ancien président du conseil général de Seine-Saint-Denis. Une accusation grave lancée contre celui qui occupe aujourd’hui le perchoir de l’Assemblée nationale et auquel les députés socialistes viennent de renouveler leur confiance par acclamations. Sans se poser de questions !