Béziers : L’impossible pari de Robert Ménard

Pari réussi ou flop ? En organisant son « rendez-vous de Béziers » les 27, 28 et 29 mai, Robert Ménard savait que la partie n’était pas gagnée d’avance . Comment réunir autour d’une même table des personnalités se réclamant de la droite mais qui appartiennent à des chapelles différentes, voire à des églises concurrentes ?

Un pari impossible tant il apparaissait transgressif. Pourtant, au fil des semaines et des jours la mayonnaise a pris. Des gaullistes comme l’écrivain Denis Tillinac ou l’ancien ministre chiraquien François Guillaume ont répondu présents, tout comme Bruno Mégret et Jean-Yves Le Gallou, l’entrepreneur Charles Beigbeider, Renaud Camus le théoricien du grand remplacement, Ludovine de la Rochère de « la manif pour tous », l’ancien magistrat Philippe Bilger et l’avocat Gilles-William Goldnadel pour n’en citer que quelques-uns. Le Front national était représenté par ses députés Marion Maréchal Le Pen et Gilbert Collard et son vice-président le député européen Louis Aliot. Un mélange qui s’annonçait détonnant tant à droite on préfère insister sur les divergences plutôt que de mettre en avant les valeurs communes. Il faut reconnaitre à Robert Ménard le mérite d’avoir réussi l’omelette sans casser (trop) d’œufs.

Elu maire de Béziers en mars 2014, avec le soutien du Front national, mais aussi de Debout la République, Robert Ménard est un esprit libre. Il n’appartient à aucun parti, même s’il ne cache pas sa proximité avec le Front national. Les élus de son conseil municipal représentent un éventail des partis de droite. En commun ils ont le patriotisme. La défense de la nation. L’amour de la France. Réaliser au niveau du pays ce qu’il a réussi à Béziers, telle est l’ambition de l’ancien porte-parole de Reporters sans frontières. Un dangereux numéro d’équilibriste. Un exercice où l’on guette le moindre faux-pas. Où les propos sont scrutés, soupesés, examinés avec une loupe grossissante de préférence. Et lorsque l’infortuné Ménard parle de « marchepied », c’est aussitôt le « clash ». Le mot parait insupportable pour Marion Maréchal Le Pen qui y voit une atteinte à la légitimité du Front national. Le maire de Béziers a beau se défendre d’avoir utilisé le mot dans un sens « péjoratif ». Il a beau réaffirmer son soutien au Front national. Le mal est fait. La députée du Vaucluse a déjà quitté la salle. Un incident dont la presse va faire ses choux gras. Les médias auraient-ils d’ailleurs parlé du rendez-vous de Béziers sans cet incident ?

Contexte électrique

Ce qui est certain, en revanche, c’est que Marion Maréchal Le Pen a pris sa décision après un échange téléphonique avec la présidente du Front national au cours duquel elle lui a exprimé son malaise. Au fil des tables rondes animées par des journalistes de Valeurs actuelles elle sentait monter l’influence grandissante des Républicains. « Systématiquement ce qui ressort de la droite LR est une sorte de « on veut vos voix mais pas vos gueules » a-t-elle confié. Dans ce contexte électrique on comprend que la moindre étincelle ait mis le feu aux poudres ! Tentative d’OPA des Républicains sur le colloque de Béziers ? Possible !

En revanche des divergences de fond apparaissent comme irréductibles entre une droite liée à l’Europe de Bruxelles et soumise à l’OTAN et les partisans d’une France souveraine de ses décisions et maîtresse de son destin. C’est là, plus que dans un clivage droite-gauche aujourd’hui politiquement dépassé, que se situent les vrais enjeux de la campagne présidentielle de 2017. Robert Ménard rêve de fédérer les énergies de ce qu’il appelle « la vraie droite ». Or, le Front national attire à lui, à chaque élection, de nouveaux électeurs venus de la droite, mais aussi de la gauche. Des déçus des grands partis qui aspirent à un vrai changement politique. Un enjeu stratégique majeur qui oppose le maire de Béziers à Florian Philippot, le numéro 2 du FN venu de la gauche chevénementiste. Pour arriver au pouvoir Marine Le Pen sait qu’elle aura besoin de trouver des alliés. La partie est loin d’être gagnée. Mais le temps presse ! L’élection présidentielle approche à grands pas !