Ces députés qui ne sont que des bénis-oui-oui aux ordres du pouvoir

Incompétence ? Amateurisme ? Désinvolture ? Comment qualifier l’incroyable rétropédalage du gouvernement sur la proposition de loi visant à porter de 5 à 12 jours le congé d’un salarié pour la perte d’un enfant.

L’histoire qui paraît surréaliste est la parfaite démonstration de l’inutilité de l’Assemblée nationale actuelle qui n’est qu’une chambre d’enregistrement composée d’une majorité de godillots serviles. Des bénis-oui-oui soumis à un gouvernement qu’ils suivent aveuglement jusqu’à leur faire renier leur vote.

Certes, ce n’est pas la première fois que l’exécutif tord le cou au législatif sous Macron. On se souvient de l’affaire de l’huile de palme (France patriote du 19 novembre) (1) où, sous la pression des écologistes, le gouvernement a obligé ses députés à se déjuger en l’espace de 24 heures pour exclure l’huile de palme de la liste des bio-carburants bénéficiant de l’exonération fiscale.

Cette fois c’est une proposition de loi du groupe UDI-Agir destinée à porter de 5 à 12 jours le délai accordé à un salarié pour reprendre le travail suite à la perte d’un enfant qui a été repoussée fin janvier par les députés LREM. Ce rejet par 40 voix contre 38 – sur une assemblée qui compte 577 députés –a provoqué un véritable tollé. Les réseaux sociaux se sont déchaînés et les critiques ont été unanimes tant du côté des oppositions que du Medef qui a demandé un nouveau vote de l’Assemblée.

Le chef de l’Etat lui-même s’est vu obligé de prendre la parole pour critiquer ce vote demandant au gouvernement de « faire preuve d’humanité ».

Message reçu cinq sur cinq par Muriel Pénicaud : « Face au deuil, il faut du soutien psychologique et nous allons le renforcer. Mais il faut aussi un temps de répit. Sur ce sujet le gouvernement reconnaît une erreur qu’il entend rapidement corriger » a déclaré la ministre du Travail.

Remous au sein du parti majoritaire

Un revirement complet de l’exécutif sur un sujet hautement sensible humainement qui a provoqué des remous au sein même du parti majoritaire et qui laissera sans doute des traces. En cause les déclarations de Muriel Pénicaud. Face aux députés, le 30 janvier, l’ancienne DRH devenue ministre du travail parlait gros sous. Elle s’inquiétait du coût de ce rallongement du délai d’une semaine qui serait « payé à 100% par l’entreprise », s’interrogeant à haute voix : « Est-ce que c’est normal que ce soit la petite entreprise qui paye cela à 100% et pas la solidarité nationale ? ».

Pourtant le 2 février après le recadrage par le président de la République, Muriel Pénicaud réfutait ses propos : « L’argent çà ne compte pas ! » s’écriait-elle face à la journaliste de BFMTV qui lui faisait remarquer que c’est notamment le financement de cette mesure par les entreprises qui avait motivé le refus de l’exécutif et de sa majorité. « Non, non et non ! » persistait-elle dans son refus de reconnaître ses propres propos.

Un mensonge éhonté de la part d’un ministre qui va provoquer un véritable séisme au sein de la macronie. Ainsi un de ses ténors traitait-il de « cons » dans le Parisien-Dimanche (2 février) les députés LREM qui se sont prononcés contre la proposition d’allonger le congé de deuil. « Est-ce une bonne idée pour le gouvernement de se mettre à dos le groupe juste avant la discussion sur les retraites ? » s’inquiète une députée qui dans le Parisien (3 février) pointe « un défaut de vigilance de la présidence du groupe (et) du ministère des relations avec le parlement ».

Pour tenter de se justifier la ministre du travail expliquera que « le projet de loi tel qu’il était rédigé ne clarifiait pas comment c’était financé, solidarité nationale ou entreprise ». Si tel était le cas pourquoi le gouvernement a-t-il accepté que ce projet de loi mal ficelé arrive en discussion devant l’assemblée ?

Monumentale faute politique

« Un rétropédalage qui illustre une nouvelle fois un amateurisme du gouvernement » dénonce sur twitter Virginie Duby-Muller, vice-présidente du groupe LR à l’Assemblée nationale. C’est le moins que l’on puisse dire après ce qui apparaît comme une monumentale faute politique du gouvernement. Le choc passé la majorité a battu sa coulpe. Chacun reconnaît que ce refus de prolonger d’une semaine le « congé de deuil » a été une « erreur » qu’il convient désormais de réparer.

Le gouvernement s’est engagé à présenter un nouveau texte plus complet que le précédent. Un comble, c’est au Sénat dominé par la droite qu’il sera examiné début mars !

Il n’en reste pas moins que ce triste épisode a été très mal vécu par les familles – elles seraient 4500 – concernées par la perte d’un enfant mineur. Le sentiment d’une réelle incompréhension vis-à-vis de leurs souffrances. « Quoi qu’il en soit, le mal est fait ! » réagit le père d’un enfant décédé choqué que la discussion ait tourné uniquement autour de la « question du financement de la mesure ».

Au-delà, ce nouveau couac, tombe bien mal au moment où l’on assiste à une crise aigüe de la démocratie représentative en France. Il ne peut qu’alimenter la crise de confiance des citoyens vis-à-vis des institutions comme l’a illustré le mouvement des Gilets jaunes.

(1) Quand l’amateurisme du gouvernement tient lieu de pilitique