Ces incendies de grande ampleur dont on ne connait jamais la cause

L’incendie qui a ravagé l’usine Lubrizol de Rouen ne laisse pas d’inquiéter, et à juste titre. Si l’on a largement évoqué les problèmes que pose ce sinistre hors norme sur l’environnement et la santé des populations la question de l’origine du feu reste un mystère. Et personne ne s’en inquiète.

Car, enfin, cette usine de produits chimiques classée Seveso 2 seuil haut, c’est-à-dire « à haut risque », ne s’est pas embrasée toute seule dans la nuit du 26 septembre dernier. Comme tous les sites sensibles son exploitant est soumis à des exigences spécifiques compte tenu des risques encourus en cas de vol de produit dangereux ou d’acte de malveillance. La surveillance y est permanente, de jour comme de nuit, avec des équipes prêtes à intervenir à la moindre alerte avec de gros moyens pour lutter contre le feu. Or, les flammes vont dévorer en quelques heures plusieurs milliers de tonnes de substances toxiques avant que les pompiers parviennent à maîtriser le sinistre.

Pire, on apprendra, et cela au bout d’une semaine, qu’un second site, jouxtant le premier, a été également ravagé par l’incendie. Des produits chimiques stockés pour le compte de Lubrizol sont également partis en fumée. Au total, pas moins de 9 500 tonnes de produits toxiques ont été la proie des flammes. Une catastrophe inimaginable. Un scénario digne d’un film d’épouvante qui a traumatisé, et pour longtemps, les habitants de cette région, mais également, plus au nord, ceux des communes des Hauts-de-France et même de Belgique qui ont vu cet inquiétant panache de fumée noir opaque, toxique et à l’odeur désagréable passer au-dessus d’eux.

Si l’on ajoute à cela l’invraisemblable cacophonie qui s’en est suivie avec les déclarations contradictoires et les réserves émises par les autorités sur les conséquences éventuelles sur la santé des fumées dégagées par ces produits, dont certains sont cancérogènes, on comprend l’exaspération et la colère des habitants des 206 communes concernées par ce désastre écologique d’une ampleur sans précédent à laquelle ils n’avaient pas été préparés.

Climat de défiance

S’il est légitime que les questions touchant à la santé aient été largement évoquées dans les jours et les semaines qui ont suivi la catastrophe, on peut s’étonner que, prés d’un mois plus tard personne ne se risque à émettre le début d’une piste pour connaitre l’origine du feu et nul ne s’interroge sur la vitesse de propagation du sinistre au stock des produits toxiques. Toutes les hypothèses peuvent être envisagées. Pour la société Lubrizol, le feu a une « origine extérieure », sans en apporter de preuves. Qu’est-ce à dire ?

Dans un climat de défiance vis-à-vis de la parole publique – on se souvient de la catastrophe de Tchernobyl et de son nuage radioactif qui avait, disait-on, épargné la France – l’incendie de l’usine Lubrizol présente certaines similitudes avec celui de Notre-Dame de Paris. Six mois après le sinistre qui a failli réduire en cendres la célèbre cathédrale on n’a toujours pas trouvé d’explication à la vitesse de propagation de l’incendie qui en a ravagé la toiture et détruit la flèche. L’édifice religieux était, certes, en réparation, mais la responsabilité des ouvriers qui travaillaient sur l’échafaudage a rapidement été écartée.

Là encore, on a bien du mal à comprendre qu’en dépit de tous les systèmes de sécurité, notamment d’alarme incendie, le feu ait pu progresser aussi rapidement, dévorant des poutres en chêne multiséculaires comme ballots de paille alors que ce bois est réputé pour sa résistance aux flammes. Posons-nous la question de savoir s’il ne s’agit pas d’un acte volontaire perpétré par des terroristes islamistes ? Cela n’aurait rien de surprenant après l’attentat raté aux bonbonnes de gaz visant la cathédrale de Paris pour lequel des femmes djihadistes viennent d’être condamnées à des peines allant de 20 ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité.

Deux incendies hors normes à quelques mois d’intervalle, sans qu’on en connaisse l’origine. Voilà de quoi s’interroger, sans encourir pour autant de procès en complotisme.