Le Concorde, ou la nostalgie d’une France ambitieuse

C’était il y a 40 ans ! le 21 janvier 1976 avait lieu le premier vol commercial d’un avion de légende. Le  Concorde  décollait de l’aéroport de Roissy pour relier, via Dakar, Rio de Janeiro au Brésil. Il n’avait fallu que 4h 45 au « grand oiseau blanc » pour parcourir les 9 740 km de la traversée à la vitesse de 2 200km/h. Un record du monde jamais été égalé depuis !

Une merveille de technologie que ce supersonique franco-britannique avec son fuselage à géométrie variable en aluminium, son nez inclinable capable de s’adapter pour optimiser les performances, son aile delta et ses commandes de vol entièrement électriques. Le rêve fou d’une France fière et ambitieuse qui croyait en l’avenir, dans ses capacités et dans le progrès technique. C’était l’époque des trente glorieuses ! C’était hier ! Mais c’était sans doute déjà trop tard !

Trop gourmand en carburant

Car, avant même son lancement, le  Concorde  était condamné à mort. Il n’avait qu’un point faible : sa gourmandise en carburant. Il lui fallait 20 tonnes de kérozène par heure de vol, trois à quatre fois plus qu’un avion de ligne actuel. Malheureusement, c’est en 1973 qu’eut lieu le premier choc pétrolier avec la flambée du prix du pétrole. Se posa alors la question de la rentabilité de l’appareil conçu pour le transport de (seulement) 100 passagers.

Et puis, comble de la malchance, le 3 juin de cette même année, le Tupolev 144, concurrent soviétique du Concorde, s’écrasait lors d’un vol de présentation au salon du Bourget. La peur s’empara des compagnies aériennes qui annulèrent les commandes passées.

Seules Air France et british Airways confirmèrent l’achat de leurs 13 appareils. C’était un échec majeur pour l’industrie aéronautique franco-britannique.

Mais l’espoir revint lorsque les Américains qui s’étaient longtemps opposés à l’arrivée du supersonique sur leur territoire donnèrent enfin leur autorisation. Le 22 novembre 1977 après 3h30 de vol le premier Concorde venant de Paris se posait sur la piste de l’aéroport de New-York. Cette liaison régulière permettait de faire l’aller-retour dans la journée. Impensable aujourd’hui où il faut près de 8 heures pour relier Paris à New-York !

L’accident de trop

Cependant la rentabilité n’était pas au rendez-vous. L’Etat français devait prendre à sa charge la perte d’exploitation qui s’élevait à 362 millions de francs en 1981. Air France abandonna ses lignes vers Rio de Janeiro et Caracas où les avions n’étaient qu’à moitié remplis pour ne plus desservir que les Etats-Unis dont la liaison était devenue rentable en 1986.

Malheureusement le 25 juillet 2000, un Concorde prit feu lors de son décollage de Roissy et s’écrasa sur un hôtel à Gonesse (Val d’Oise) tuant les 100 passagers, les 9 membres de l’équipage et quatre personnes au sol. C’était l’accident de trop qui s’ajoutait aux incidents qui n’avaient pas été rendus publics. En dépit des efforts du constructeur pour renforcer la sécurité de l’appareil le tout dernier vol du Concorde eut lieu le 29 mai 2003. Une foule très émue de plusieurs milliers de personnes attendait à Roissy l’atterrissage du « grand oiseau blanc ». Un moment historique. « C’est un peu de la France qui disparait. Les Français se sentent un peu orphelins ! » bredouilla Dominique Bussereau, le secrétaire d’Etat des Transports de l’époque. Une scène qui n’était pas sans rappeler la fin du paquebot France, condamné lui aussi à mort pour cause de non-rentabilité. Lancé en janvier 1962, celui qui fut un temps le plus grand paquebot du monde aura assuré pendant douze ans les traversées transatlantiques et les croisières de luxe avant d’être vendu et rebaptisé plusieurs fois pour finir dépecé et rejoindre, comme le Concorde, le grand cimetière des gloires disparues de la technologie française.