Election présidentielle 2022: rien n’est joué !

A cinq mois du scrutin, bien malin serait celui qui pourrait donner le nom du prochain président de la République.

Alors que la campagne n’est pas lancée officiellement, que tous les candidats ne sont pas encore connus, et que ceux qui ont annoncé leur candidature ne seront pas nécessairement sur la ligne de départ faute d’avoir obtenu les cinq cents parrainages nécessaires il est beaucoup trop tôt pour se livrer à un quelconque pronostic. Les sondages ne sont pas l’élection. La présidentielle réserve toujours des surprises. Les favoris d’aujourd’hui ne sont pas toujours les vainqueurs de demain.

Qu’on se souvienne de la précédente élection présidentielle. En décembre 2016, François Fillon qui avait remporté haut la main la primaire des Républicains était donné comme le mieux placé pour l’emporter. On connaît la suite ! Cinq ans plus tôt, à la même époque, l’élection de Dominique Strauss-Kahn apparaissait comme une évidence. Aucun autre candidat ne paraissait en mesure de rivaliser avec le puissant patron du FMI. Mais le scandale qui a suivi la plainte pour viol déposée par la femme de chambre d’un hôtel new-yorkais allait ruiner les espoirs du favori de la présidentielle de 2012, mettant fin du même coup à sa carrière politique.

Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? Qui peut battre Macron ? Le sortant sera-t-il d’ailleurs candidat ? Rien n’est moins sûr ! C’est en décembre 2016 que François Hollande avait pris la (sage) décision de ne pas se représenter. Les sondages ne lui étaient certes pas favorables. Ses frasques sentimentales agaçaient l’opinion plus qu’elles ne l’amusaient. Mais surtout quel bilan pouvait-il mettre en avant pour solliciter un second mandat ? D’ailleurs, hors période de cohabitation, un président n’a jamais été réélu sous la cinquième République.

Macron est bien conscient que le chemin qu’il devra prendre jusqu’à l’hypothétique victoire ne sera pas parsemé de pétales de roses. Parvenu à l’Elysée avec une ardeur juvénile, Jupiter s’est heurté à la dure réalité de l’exercice du pouvoir. Outre les problèmes liés à l’immigration et à l’insécurité qu’il avait sous-estimés, Il a dû affronter au cours de son mandat le mouvement des Gilets jaunes et la pandémie de la Covid-19, deux crises qu’il n’avait pas vu venir et qui l’ont empêché de mener à bien les réformes, « la révolution » qu’il avait annoncée.

Pouvoir d’achat préoccupant

Que retiendront les Français de son quinquennat ? La question hante la pensée de Macron et de son entourage. Le bilan que chacun peut faire n’est pas à l’avantage du président sortant. La délinquance a explosé au point que les policiers sont eux-mêmes directement menacés, voire agressés, parfois même blessés par des racailles de plus en plus violentes. La réponse pénale, en dépit des lois adoptées, n’a pas été en mesure de faire face à l’urgence de la situation. La question migratoire est plus préoccupante que jamais. Les relations avec la Grande-Bretagne n’ont jamais été aussi tendues. Les traversées de la Manche depuis le Pas-de-Calais ont triplé en 2021 en dépit des risques de naufrage des embarcations de fortune.

Mais c’est le pouvoir d’achat qui reste la grande préoccupation des Français en cette fin de quinquennat. A l’augmentation du prix des carburants qui, rappelons-le a été à l’origine du mouvement des Gilets jaunes en 2018, s’ajoutent la hausse des prix de l’énergie sur les factures de gaz et d’électricité. L’insee relève également l’envolée (+8,2%) du prix des produits agricoles et alimentaires. Le prix du sucre a bondi de 30%, celui des fruits jaunes de 50%. Des hausses liées principalement aux mauvaises récoltes consécutives aux intempéries. Et l’inflation galope pesant de tout son poids sur le pouvoir d’achat des Français.

Le vent de dégagisme qui avait profité à Emmanuel Macron en 2017 peut-il se retourner aujourd’hui contre lui ? C’est bien évidemment ce qui inquiète aujourd’hui l’entourage du président. Celui-ci, en fin stratège politique, avait cru pouvoir habilement rallier à lui les électeurs de droite comme il avait asphyxié la gauche en début de mandat. Mais l’opération menée avec la complicité de Sarkozy a échoué. A l’occasion des primaires la droite a redressé la tête. Certains de ses ténors, à l’instar de Xavier Bertrand et de Valérie Pécresse qui avaient voulu faire cavalier seul, ont regagné le bercail. Les Républicains choisiront le 4 décembre leur candidat avec lequel Macron devra compter. Tout comme il devra faire face au redoutable polémiste qu’est Eric Zemmour, désormais officiellement candidat à l’élection présidentielle. Un candidat hors système, totalement imprévisible dont il a tout à redouter.
L’élection tient parfois à un fil. Les Français sont versatiles, certes, mais aussi pragmatiques. Ils ne croient plus aux promesses, mais attendent de la politique des résultats. La compétition est ouverte !