Elle est où l’Europe qui protège ?

Pour les partisans d’une Europe sans frontières la crise du Coronavirus marque la fin des illusions. « Une Europe qui nous protège ». C’était encore en mars 2019 le maître-mot de Macron. A quelques semaines des élections européennes, dans une lettre aux citoyens européens publiée dans plusieurs quotidiens, le président de la République vantait les mérites de cette Europe protectrice. Comme il l’avait fait dix jours plus tôt au Salon de l’Agriculture devant les jeunes agriculteurs. L’Europe était la panacée, le remède miracle qui devait nous protéger contre toutes les menaces qu’elles soient climatiques, économiques, sociales, politiques etc.. etc..

Rien de bien nouveau, puisque l’expression « Europe qui protège » avait été utilisée dix ans plus tôt par Sarkozy pour la campagne de l’UMP de 2009. Celui-ci avait même signé à l’époque une tribune commune avec la chancelière allemande Angela Merkel sur le sujet. Or, la crise du Coronavirus montre à l’évidence que cette Union européenne censée protéger les peuples du Vieux continent n’était en fait qu’une chimère, un slogan conçu pour amadouer les électeurs eurosceptiques.

Mais le bel échafaudage n’a pas résisté à la tempête qui s’est abattue sur le monde. La peur de l’épidémie a ravivé le sentiment national qui sommeillait chez les peuples européens et on a vu les pays se barricader les uns après les autres derrière leurs frontières nationales. Y compris l’Allemagne qui a instauré un contrôle strict de ses frontières, avec la France notamment. L’Italie, premier pays européen touché par le Coronavirus, dont le système sanitaire a été rapidement débordé a appelé désespérément à l’aide. Mais aucun pays de l’Union européenne n’est venu à son secours. On a appliqué la règle du chacun pour soi !

Macron voulait créer une Europe de la défense. Il n’avait pas imaginé que la guerre pouvait aussi être bactériologique ! Que l’ennemi invisible parti de Chine pouvait mettre à plat, très rapidement, l’économie d’un pays, menacer tout un continent pour s’étendre à la planète entière. Et que les études des plus éminents économistes sur les prévisions de croissance allaient être réduites à néant par cette pandémie responsable de la mort d’un grand nombre de personnes et la destruction de très nombreux emplois avec la fermeture des entreprises.

L’inertie et l’imprévoyance des gouvernants

Une calamité imprévisible ? Un cataclysme inévitable ? On reste confondu devant l’inertie et l’imprévoyance de nos gouvernants alors que les alertes n’ont pas manqué depuis le début de ce 21e siècle. On a connu successivement le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003 qui s’est propagé jusque dans les hôpitaux les plus modernes, puis la grippe du H1N1 en 2009, qui a surpris par sa vitesse de diffusion aux quatre coins du globe. Par chance, cette première pandémie du 21e siècle a été beaucoup moins grave que ce que les experts redoutaient. Un avertissement sans frais en quelque sorte !

Et puis il y a eu Ebola, cette épidémie de type viral qui a pris naissance en Guinée en décembre 2013 avant de gagner toute l’Afrique de l’Ouest faisant des milliers de victimes sur le continent africain et dans une moindre mesure aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie où des cas ont été signalés. L’OMS a pris très au sérieux cette épidémie qu’elle a qualifié en août 2014 d’« urgence de santé publique de portée mondiale ». Un avis qu’ont négligé néanmoins les pays occidentaux qui n’ont vu dans Ebola qu’une maladie touchant les pays pauvres d’Afrique.

Constatant l’absence de réaction l’OMS a insisté : « L’épidémie actuelle de maladie à virus Ebola est un avertissement pour tous les pays, partout dans le monde. Il faut d’urgence renforcer la préparation aux flambées de maladies émergentes et de maladies à tendance épidémique ». Une recommandation on ne peut plus claire. Et pour bien enfoncer le clou l’Organisation mondiale de la Santé a précisé que « les experts s’accordent à dire que les changements dans la manière dont l’humanité vit sur la planète rendent inévitables l’émergence de nouvelles maladies » avant d’ajouter : « La mutation et l’adaptation constantes sont les mécanismes de survie du monde microbien ».

Conseil de sécurité réuni en urgence

Tout avait donc été dit et écrit. L’OMS a rempli son rôle en alertant tous les gouvernants de la planète sur les risques à venir. L’ONU a pris la mise en garde au sérieux. Le conseil de sécurité des Nations-Unies s’est réuni en urgence. C’est la première fois qu’il était convoqué pour traiter d’une question de santé publique. Dans une résolution le conseil de sécurité a affirmé que cette flambée constituait une menace pour la paix et la sécurité.

Et qu’ont fait les dirigeants européens ? Rien, strictement rien ! Personne n’a tenu compte des avertissements de l’OMS pas plus que de la résolution du conseil de sécurité de l’ONU. En France on s’en est d’ailleurs si peu soucié que Marisol Touraine, ministre de la Santé de François Hollande, a laissé se dilapider les stocks stratégiques de masques – 1,4 milliard de masques au total – constitués sous le quinquennat précédent. Pire, le gouvernement français n’est pas intervenu pour empêcher la fermeture fin 2018 d’une entreprise située dans les Côtes d’Armor qui fabriquait 250 millions de masques par an. Des masques respiratoires FFP2 qui ont si cruellement manqués au personnel soignant dans sa lutte contre le Covid-19.

Et aujourd’hui devant l’urgence et la gravité de la situation, l’Etat fait appel en catastrophe à toutes les entreprises qui pourraient en partie se reconvertir pour fournir des masques et des appareils respiratoires. Quel scandale ! Combien de vie auraient pu être sauvées si nos gouvernants actuels et leurs prédécesseurs s’étaient montrés un peu plus prévoyants ! S’ils avaient tenu compte davantage des avertissements de l’OMS sur les risques d’épidémies mondiales. Comme il parait ridicule et pitoyable Macron quand il vient aujourd’hui parler de « souveraineté » à reconstruire et d’« indépendance » à retrouver alors qu’il n’a cessé de fustiger et de dénoncer ceux qui osaient lui opposer ces mots pour dénoncer son européisme forcené !