Erdogan utilise des gaz chimiques contre les Kurdes, mais chut! silence radio

Régulièrement la question de l’utilisation des armes chimiques par le régime de Bachar el-Assad revient dans l’actualité. Et chacun-à commencer par les dirigeants français-de s’indigner. De son côté Erdogan fait bombarder les Kurdes de Syrie en utilisant du gaz chloré. Et là, c’est l’omerta !

Deux poids, deux mesures ! C’est l’éternelle histoire de la diplomatie française bien incapable de montrer un tant soit peu de fermeté et de rigueur dans sa ligne politique.

C’est le 20 janvier dernier- il y a tout juste un mois- que le dictateur turc Recep Tayyip Erdogan lançait une offensive militaire contre les Kurdes dans la région d’Afrine, au nord-ouest de la Syrie. Une opération étonnamment baptisée « Rameau d’olivier » – le ridicule ne tue pas-menée avec des chars et des avions pour bombarder dépôts de munitions, abris et positions de combat des miliciens kurdes.

Des bombardements au cours desquels Olivier Le Clainche dit Kendal Breizh a perdu la vie le 10 février. Ce Breton originaire de Malestroit âgé de 41 ans avait quitté sa famille en juillet dernier pour rejoindre les YPG (unités de protection du peuple). Formé au maniement des lance-roquettes RPG il s’était battu vaillamment pour la libération de Raqqa et Deir ez-Zor, deux importants fiefs de l’Etat islamique. « Etant donné le comportement de Daech avec les populations on peut dire que je suis venu faire de l’humanitaire. Juste nos outils ne sont pas les mêmes » avait-il répondu avec ironie et une pointe d’humour, à un journaliste de France-info venu l’interroger sur ses motivations.

Troubles respiratoires

Pour tenter de venir à bout de la résistance féroce des combattants Kurdes qu’il considère comme des terroristes, Erdogan ne recule devant aucun moyen. Lors d’une conférence de presse tenue le 16 février, le conseil de santé d’Afrine révélait que l’armée turque utilise du gaz chloré en violation du droit international et des droits de l’homme. « Les analyses effectuées suite à l’hospitalisation d’habitants du village d’Erende dans le district de Shiyé souffrant de troubles respiratoires ont montré que ceux-ci avaient été affectés par l’inhalation de gaz toxiques provenant de l’utilisation d’armes prohibées, indique le communiqué. Les membres du personnel en contact avec les victimes ont eux aussi commencé à présenter des symptômes d’asphyxie ».

Une conférence de presse qui n’a eu aucun écho en France où la système politico-médiatique bien vérouillé a décidé, une fois pour toutes, que le seul à utiliser des armes chimiques, l’ennemi à abattre c’était Bachar el-Assad. D’ailleurs Macron, en digne successeur de Hollande, a fait savoir le 13 février devant les journalistes de la presse présidentielle que si la France « a des preuves avérées que des armes chimiques proscrites sont utilisées contre les civils » en Syrie par le régime « nous frapperons ». Une obsession de « la ligne rouge à ne pas dépasser » qui fait du quinquennat en cours le prolongement du précédent en matière d’accusations sans preuves.

Et pendant ce temps, le Sultan Erdogan, sûr de son bon droit, se moque bien du droit international et des (timides) mises en garde de la France. Par l’intermédiaire de son ministre des affaires étrangères il balaye les accusations de génocide du peuple Kurde en osant une comparaison cynique avec la colonisation de l’Algérie qui disqualifierait la France pour donner des leçons à la Turquie.

Fort de nos faiblesses

Combien de temps laissera-t-on ce dictateur sanglant qui voit des terroristes partout, martyriser son peuple ? Combien de temps accepterons-nous les insultes venant d’un pays qui persiste dans sa volonté d’intégrer l’union européenne alors qu’il foule aux pieds ses principes ? Combien de temps les occidentaux toléreront-ils la présence de la peu fiable Turquie au sein de l’Alliance atlantique et de l’OTAN ?

En bon islamiste Erdogan joue sur tous les tableaux. Se sentant fort de nos faiblesses il croit pouvoir tout se permettre. Sous la menace permanente du tsunami migratoire que représenterait l’ouverture des vannes turques, l’Europe préfère composer et accepter l’inacceptable, l’intolérable. Mais jusqu’à quand ? il faudra bien un jour qu’elle choisisse entre ses principes et ses intérêts ! Qu’elle se soumette ou qu’elle relève la tête !

Même si la diplomatie et la morale ne font que rarement bon ménage, les Européens en général, les Français en particulier ne peuvent avoir la mémoire courte. Il est impossible de mettre sur un pied d’égalité le régime sanguinaire turc qui a été longtemps complaisant avec les djihadistes de Daech et les combattants kurdes, qui, faut-il le rappeler, ont été le fer de lance de la reconquête des territoires passés sous le contrôle de l’Etat islamique.

Oui, nous avons une dette de reconnaissance vis-à-vis des Kurdes qui se sont battus avec un courage que l’on ne saluera jamais assez contre les fous sanguinaires d’Allah. Ceux-là même qui ont commis ou commandité les atrocités qu’a connu notre pays en 2015 et 2016. Leur sacrifice a permis, sans doute, de sauver des vies dans notre pays et ailleurs dans le monde.