Erdogan veut se refaire une santé politique sur le dos de l’Europe

Empêtré dans une guerre non déclarée avec le régime syrien puissamment soutenu par Poutine, le néo-sultan Turc menace l’Europe d’ouvrir les vannes de l’immigration.

« Les réfugiés qui tentent de rejoindre l’Europe dépasseront bientôt le million. Les gouvernements européens tomberont. Leurs économies seront déstabilisées, leurs marchés chuteront et ils ne pourront rien y faire ». C’est ce scénario catastrophe que nous prédit Suleyman Soylu, ministre de l’Intérieur d’Erdogan dans une interview sur CNN Turquie.

Depuis quelques semaines la Turquie exerce une pression sur l’Union européenne en la menaçant de déverser sur l’Europe un torrent de migrants. Entre quatre et cinq millions de refugiés, syriens pour la plupart, sont actuellement massés derrière la frontière gréco-turque. Ils sont retenus en Turquie suite à l’accord conclu en 2016 entre l’UE et le maître d’Ankara en échange d’une aide européenne de 6 milliards d’euros.

Une situation qui se voulait provisoire mais qui a perduré, aucune solution n’ayant été trouvée au cours de ces dernières années pour résoudre cette crise migratoire. Et c’est ainsi qu’Erdogan est venu se rappeler au bon souvenir des Européens en rencontrant ces jours-ci à Bruxelles Charles Michels, le président du conseil de l’Europe et la présidente de la commission Ursula Von der Leyen.

L’occasion aussi pour Erdogan d’essayer de redorer son blason quelque peu terni. Son intervention dans le nord-ouest de la Syrie a été mise en échec par le soutien conséquent apporté par la Russie à Bachar el Assad. Pour preuve la mort le 27 février dernier de 33 soldats par une bombe russe à guidage laser qui a totalement anéanti un poste militaire de l’armée turque d’occupation. L’économie d’Ankara est minée par l’inflation et la croissance du pays se fait attendre. Sur le plan politique, l’hostilité au régime dictatorial ne faiblit pas. Du côté des Kurdes bien sûr, mais pas seulement. Les derniers résultats électoraux n’ont pas été favorables à l’AKP, le parti au pouvoir a ainsi perdu les villes emblématiques d’Istamboul et d’Ankara aujourd’hui dirigées par l’opposition.

L’arme de l’immigration massive

Se refaire une santé politique sur le dos de l’Europe, c’est donc la stratégie choisie par Erdogan. Le néo-sultan joue sur du velours. Il sait qu’il lui suffit de brandir l’arme de l’immigration massive pour terroriser les peuples européens. Et il ne s’en prive pas ! Ainsi a-t-il appelé la Grèce à « ouvrir ses portes » aux migrants pour qu’ils entrent dans les pays de l’Union européenne. « Hé la Grèce, je te lance un appel !… ouvre tes portes également et libère-toi de ce fardeau ! ».

Pour les Grecs, ennemis héréditaires des Turcs, la réplique a été immédiate. Des renforts militaires, des pompiers ont été déployés le long de la frontière gréco-turque. Ils ont été bientôt rejoints par des volontaires civils armés bien décidés à ne laisser personne entrer dans leur pays. Combien de temps les Grecs pourront-ils contenir cette marée humaine qu’Erdogan menace de faire déferler sur l’Europe ? Il serait temps que les pays européens prennent les mesures militaires qui s’imposent pour soutenir le peuple Grec qui se retrouve bien seul face à cette nouvelle épreuve.

Pour Erdogan la faiblesse de l’Europe est son principal atout, lui qui se veut le champion de l’islam. Le 15 octobre 2018, face aux muftis des régions, il déclarait : « Il y a un seul pays capable de présider le monde musulman de par son histoire et sa situation stratégique, c’est la Turquie ». Une doctrine qui le conduit à avancer ses pions un peu partout comme on le voit en Libye où il a envoyé des troupes ou en Somalie où est installée sa plus importante base militaire. On n’oublie pas le jeu trouble que le dictateur a joué avec Daech en tolérant le passage de ses frontières aux jihadistes et le soutien logistique apporté au califat par la contrebande de pétrole notamment. En France, comme dans les autres pays européens, c’est à travers les mosquées qu’elle finance généreusement que la Turquie exerce son influence religieuse.

Islamisation de l’Europe

Avec la menace terrible d’ouvrir les vannes de l’immigration, c’est bien l’islamisation de l’Europe que vise Erdogan. Comme tous les islamistes, il n’a jamais accepté la chute de l’empire Ottoman et la proclamation de la république laïque par Mustafa Kemal en 1923. Celui qui en 1997 déclarait : « Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats » poursuit la même stratégie. Meilleur allié des Frères musulmans il est bien décidé à faire payer aux Européens leur réticence à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Un affront que ce nationaliste viscéral ressent comme du mépris à son égard et vis-à-vis de son pays.

Humilié par Poutine qui lui tient la dragée haute en Syrie, fragilisé sur le plan intérieur, Erdogan sait que l’Europe est sa seule chance. Minée par les divisions en son sein et l’absence d’autorité de son exécutif, l’UE n’a pas les moyens de lui opposer une fin de non-recevoir. Quoi qu’en dise ses responsables, elle devra accepter ses conditions et nul doute que le tyran d’Ankara repartira de Bruxelles avec un gros chèque.