L’exaspération moteur du vote FN

Ils n’ont toujours rien compris. L’aveuglement qu’il soit réel ou supposé des dirigeants de la gauche fait peine à voir. Au lendemain d’une élection où le Front national a encore progressé ils en sont toujours à imaginer de basses manœuvres politicardes pour tordre le cou à l’expression de la démocratie. Au lieu de s’interroger sur leur propre responsabilité dans la claque qu’ils viennent de prendre. Au lieu d’essayer de comprendre le message clair que leur ont adressé les Français, ils se réfugient dans le déni ou l’invective vis-à-vis de ces électeurs qui votent mal, qui n’ont rien compris et comme cela n’est pas suffisant ils agitent la peur d’un avenir qui ne pourra être que sombre.
Quel chef d’entreprise, quel dirigeant sportif, quel athlète de haut niveau ne se remettrait pas en cause après un échec aussi cuisant ? Mais le mea culpa ne fait sans doute pas partie du vocabulaire des hommes politiques ! Rien de surprenant qu’un mur d’incompréhension se soit creusé au fil des années entre le peuple et ses dirigeants. Une incompréhension qui a fait place à une colère sourde puis à de l’exaspération dont a su profiter le Front national. Il est vrai que l’exaspération des électeurs trouve chaque jour dans l’actualité de quoi se nourrir. La courbe du chômage qui ne cesse de progresser, l’insécurité qui augmente, tout comme le coût de la vie. Les soins dentaires qu’il faut différer faute d’argent. Une immigration qu’on laisse se développer et qui gagne maintenant les campagnes. L’école qui ne remplit plus son rôle et où l’histoire de France est revue et corrigée par des idéologues. La Justice plus expéditive pour l’automobiliste pris en léger excès de vitesse que pour le délinquant multirécidiviste qui échappe à la prison. Les crèches de Noel que certains voudraient interdire dans les mairies au nom d’un laïcisme militant. Les femmes voilées dans la rue que les policiers ne verbalisent plus par crainte de possibles incidents etc. etc. toutes choses qui mises bout à bout provoquent un sentiment de ras-le-bol généralisé. Les Français ont l’impression d’être dépossédés de ce qu’ils ont. Ils se sentent de plus en plus étrangers dans leur propre pays. Un sentiment confus d’abandon de la part de leurs gouvernants face aux défis de la mondialisation et à l’invasion migratoire. Certes le phénomène ne date pas d’hier. Il existait déjà sous les mandats précédents de Chirac et de Sarkozy. Mais il leur semble qu’il s’est considérablement accéléré avec l’arrivée de la gauche au pouvoir qui a favorisé le « vivre ensemble » et la « mixité sociale ». Des expressions d’apparence anodines destinées à faire passer aux Français la pilule d’une immigration qu’ils ne supportent plus. Déçus par les partis politiques, droite et gauche confondus, les Français- du moins ceux qui espèrent encore- se tournent donc de plus en plus vers le Front national, comme on s’accroche à une bouée lorsqu’on est en perdition au milieu d’une mer agitée. Venus pour certains de la gauche socialiste, du parti communiste, voire de l’extrême gauche mais aussi du centre et de la droite les électeurs frontistes aspirent à un vrai changement. A un bouleversement politique complet. A une révolution pacifique dans une France retrouvée. Ils n’ont qu’une vague idée du programme du Front national. Mais peu leur importe. Ils veulent de la nouveauté. Devenus imperméables aux promesses, trop vite oubliées, des politiques auxquels ils ne font plus confiance, ils attendent tout de l’arrivée du Front national aux affaires. Après tout, les maires élus sous cette étiquette en mars 2014 ont montré qu’ils savaient gérer leur ville en remettant de l’ordre dans les finances jusqu’à baisser les impôts locaux. Leurs compétences reconnues, les administrés leur ont renouvelé leur confiance en les élisant dans les conseils départementaux un an plus tard. Pourquoi ceux qui ont fait leurs preuves au niveau local ne seraient-ils pas capables de gérer des exécutifs régionaux ? Une question de confiance pour un choix de gouvernance à laquelle les électeurs sont appelés à voter dimanche.