Fichés S : il faut appliquer le principe de précaution

Encore un fiché S qui passe à l’acte. Insupportable ! C’est le même scénario qui se répète à chaque fois. Un cauchemar qui n’en finit pas !

Et pourtant on aurait sans doute pu éviter l’attentat parisien du quartier de l’Opéra, et au moins quelques-uns de ceux qui l’ont précédé, si l’on avait simplement appliqué le principe de précaution. Pourquoi ce principe élémentaire que l’on invoque en matière scientifique, comme dans le domaine de la santé, de l’environnement ou encore, depuis la crise économique, pour ce qui concerne les finances, ne pourrait-il pas s’appliquer aux phénomènes de radicalisation ?

On apprend en effet que Khamzat Azimov, l’islamo-jihadiste Tchétchène qui a tué samedi soir à coups de couteau un passant et en a blessé quatre autres avant d’être abattu par une patrouille de police-secours était fiché S depuis 2016 et figurait au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation islamiste (FSPRT). Il était donc bien « connu des services de renseignements » selon la formule consacrée, comme avant lui Mohamed Merah, Medhi Nemmouche, les fréres Kouachi, Amédy Coulibaly, les trois kamikazes du Bataclan ou encore Radouane Lakdim, l’auteur des attentats de Carcassonne et Trèbes pour ne citer que quelques-uns de ces monstres.

Tous étaient connus. Tous faisaient l’objet d’une surveillance des services de renseignements. Mais tous ont néanmoins frappé quand ils ont voulu et là où ils avaient décidé de le faire. Alors à quoi bon avoir en France des services spécialisés dans la lutte contre le terrorisme parmi les meilleurs au monde, des policiers de terrain capables d’intervenir avec efficacité dans les plus brefs délais, si le pouvoir ne prend pas les mesures qui s’imposent pour mettre hors d’état de nuire les terroristes potentiels ? Combien faudra-t-il encore de victimes pour que l’Etat prenne enfin ses responsabilités ?

Terrorisme aveugle et lâche

Une guerre sans merci nous a été déclarée par les islamistes. Nous devons nous donner tous les moyens pour frapper fort et éliminer ceux qui viennent semer la mort et la désolation chez nous. Les démocraties sont forcément en état de faiblesse face au terrorisme aveugle et lâche. Elles ont néanmoins le droit et le devoir de se défendre. Nos lois doivent s’adapter à la situation. L’Etat de droit a pour finalité de protéger la population.

N’attendons pas un nouvel attentat pour expulser les étrangers inscrits au FSPRT. Utilisons les moyens prévus par la loi pour déchoir de la nationalité française ceux qui portent atteinte à la sûreté de l’Etat avant de les renvoyer dans leur pays d’origine. Retirons l’asile politique à ceux qui ont abusé de notre confiance.

Soyons vigilants avant d’accorder ce statut protecteur. C’est une question de volonté politique. Les Français attendent désormais de leurs dirigeants qu’ils agissent en prenant les mesures de sûreté qui s’imposent.

Car il est grand temps de passer des paroles aux actes. Le chef de l’Etat qui avait su parfaitement désigner l’ennemi islamiste dans l’émouvant hommage rendu aux Invalides au colonel Beltrame, doit maintenant prendre les décisions énergiques qui s’imposent. Le FSPRT contient aujourd’hui 20 000 noms. Un chiffre en constante augmentation au fil des années. En dépit de l’augmentation des effectifs des services de sécurité intérieure il est impossible de surveiller en permanence ces terroristes potentiels. Le risque d’attentat reste donc très élevé comme le souligne l’avocat Thierry de Montbrial, président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure (Le Figaro du 14 mai 2018). « Le pire est devant nous. Les premiers combattants à l’étranger et condamnés en France en 2013 et 2014 commencent aujourd’hui à sortir de prison. En 2020 on estime que 64% d’entre eux auront quitté l’univers carcéral soit plusieurs centaines de personnes. Or, une immense majorité d’entre eux reste déterminée à combattre notre pays ».

Un constat on ne peut plus clair. Le gouvernement ne peut pas prendre le risque politique de laisser dans la nature des individus radicalisés susceptibles de passer à l’acte du jour au lendemain. Répéter comme un mantra que le « risque zéro n’existe pas » n’est pas de nature à rassurer les populations légitimement inquiètes devant cette violence abjecte. Les Français attendent du pouvoir des actes forts. Balayer d’un revers de main les propositions des Républicains et du Front national laisse supposer qu’on en a de meilleures. Encore faudrait-il les connaître ! Car les Français jugeront le gouvernement à ses actes. Dans son interview sur TF1 début avril, Emmanuel Macron qui se veut « intraitable » sur le salafisme avait menacé de fermer « des mosquées où des gens qui ne respectent pas les lois de la République, qui prêchent des choses qui ne sont pas conformes aux lois de la république et conduisent à la violence ». Sur les 150 mosquées salafistes, trois ont été fermées à Sartrouville, Aix-en-Provence et Marseille. Est-ce cela ce qu’il appelle lutter contre l’islamisme radical ?