France, qu’as-tu fais de ta liberté d’expression ?

En ce début d’année qui marque l’entrée dans une nouvelle décennie, nous aurions préféré traiter de sujets légers, mais l’actualité, ô combien déprimante, ne nous en laisse pas le loisir.

Il y a bien sûr toujours la question de la réforme du régime des retraites avec son cortège de grèves et de manifestations qui plonge le pays dans un chaos économique dont il se serait bien passé après la crise des gilets jaunes.

Quelle que soit l’issue du bras de fer qui oppose un Premier ministre « droit dans ses bottes » a des syndicats jusqu’au-boutistes, le grand perdant sera évidemment le peuple, celui des classes populaires et des classes moyennes. Privés pendant des semaines de train et de métro ces travailleurs du privé, comme du public, devront en plus payer l’addition de ce conflit social le plus long de l’histoire. Droit de grève contre droit au travail, la question est plus que jamais d’actualité !

Autre sujet tout aussi préoccupant, celui de la liberté d’opinion. Il devient de plus en plus difficile, voire impossible, d’exprimer des idées contraires à la doxa. La police de la pensée est là qui surveille en permanence les médias pour dénoncer à la justice tout ce qui pourrait ressembler à une « dérive ». Les débats contradictoires argumentés et structurés qui font la richesse des démocraties ont pratiquement disparu des plateaux de télévision et des radios. A l’exception notable de Cnews !

La chaîne d’info a eu l’incroyable audace de prendre Eric Zemmour comme invité vedette de « Face à l’info », une émission proposant un vrai débat, diffusée quotidiennement depuis le 14 octobre. Tollé chez les gardiens de la pensée unique ! Quoi ? Donner à ce populiste raciste et homophobe une tribune pour tenir des « discours de haine ». C’est tout simplement impensable ! Après avoir gesticulé et vociféré à l’annonce de son arrivée sur la chaîne télé, les plus fanatiques de ces intolérants sont passés aux menaces. Contre Christine Kelly, sa présentatrice bombardée d’appels téléphoniques malveillants. Mais aussi et surtout contre le média de Vincent Bolloré qu’ils ont appelé à boycotter. Un boycott publicitaire visant à priver Cnews de ressources financières. Si certains annonceurs ont cédé au chantage, l’émission a par contre attiré de nombreux téléspectateurs. Et la chaîne a rapidement atteint des records historiques d’audience.

Valeurs actuelles ciblé aussi

Contre Valeurs actuelles, le collectif d’extrême gauche « Sleeping Giants » a lancé début décembre une vaste offensive visant à discréditer cet hebdomadaire de la droite patriote. L’opération ciblait tous les annonceurs présents sur le site web de Valeurs actuelles. Le but était clair : couler la revue en la privant de ses ressources publicitaires. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. L’hebdo a retourné à son avantage le piège diabolique tendu par ces ennemis de la liberté d’expression en érigeant un « mur de la honte » sur lequel ont été affichés les noms des annonceurs ayant cédé aux pressions de « Sleeping Giants ».

L’effet a été immédiat et spectaculaire. Plusieurs annonceurs sont revenus sur leur décision. Dans le même temps était lancé avec succès le compte twitter « Watching Giants » pour défendre les « consommateurs patriotes » contre le chantage de ce groupuscule d’activistes d’extrême gauche.

Autre ennemie de la liberté d’expression, Anne Hidalgo s’est particulièrement distinguée, en ce début janvier, en s’attaquant à la campagne anti-IVG menée par l’association Alliance Vita dans les gares franciliennes. La maire de Paris a tout simplement ordonné à la régie publicitaire de retirer les affiches qui ne lui plaisaient pas. La justice ne l’a pas entendu de cette oreille et a donné tort à la « madone des bobos », demandant à la société Médiatransports le réaffichage immédiat de la campagne sous astreinte de 10 000 euros par jour.

Mépris du droit

Mais « l’amère courage » de Paris, comme on la surnomme parfois, n’a que faire d’une décision de justice qui ne va pas dans le sens de ses convictions progressistes. Dans un tweet rageur elle « encourage Médiatransports à user de toutes les voies de droit possibles pour qu’il soit mis définitivement fin à cette campagne ». Un mépris du droit et une arrogance confondante pour une élue de la République ! La régie publicitaire s’est immédiatement pliée à l’injonction en annonçant qu’elle allait faire appel du référé. De son côté Alliance Vita s’est tourné vers un autre annonceur. Affaire à suivre !

Plus grave encore, sans doute, pour la liberté d’expression est la proposition de loi gouvernementale visant à supprimer les contenus haineux des réseaux sociaux et plates-formes collaboratives. Adopté en première lecture par l’Assemblée nationale le 9 juillet dernier, le texte a été modifié par le Sénat le 17 décembre. Si tout le monde est d’accord sur l’objectif, nombre de sénateurs s’inquiètent sur ses conséquences « Pour lutter contre un mal, elle (la proposition de loi) attente à un bien, la liberté d’expression » résume Bruneau Retailleau, président du groupe LR.

C’est le pouvoir d’appréciation et de décision laissé aux plates-formes privées au détriment du juge judiciaire qui suscite de vives réserves tant chez les acteurs du numérique, qu’au Conseil d’Etat, au Conseil national des barreaux, ou à la Commission européenne mais également à la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).

Dans le compte-rendu de sa séance plénière du 9 juillet on peut lire notamment : « La commission considère que le texte fait peser une menace disproportionnée sur la liberté d’expression en raison de la procédure envisagée. Celle-ci a fait reposer l’appréciation du caractère illicite d’un contenu sur les plateformes, via des algorythmes et des modérateurs peu formés, en lieu et place de l’autorité judiciaire. ».

Le texte doit revenir prochainement devant l’Assemblée nationale pour une adoption définitive. Un vote qui sera suivi avec intérêt à l’étranger où certains pays, comme la République Tchèque, s’inquiètent de la mise à mal de la liberté d’expression sur Internet.