L’Eure-et-Loir en tête des déserts médicaux

Depuis 2007 l’Eure-et-Loir a perdu près d’un quart de ses médecins généralistes. Après la Nièvre et le Gers, c’est le département le plus touché par la désertification médicale..

Un phénomène général en France. A l’exception de la Savoie et de la Loire-Atlantique qui restent stables, le nombre de médecins de famille diminue dans tous les départements. C’est l’inquiétant constat du Conseil national de l’Ordre des médecins dans l’édition 2016 de son Atlas de la démocratie médicale.

Si depuis 2007 le nombre des généralistes en France a diminué de 8,4%, le recul est plus sensible en Eure-et-Loir qui a perdu 23% de ses médecins libéraux entre 2007 et 2013. L’Eure-et-Loir devient avec le Cher le département où la densité de généralistes est la plus faible avec 94,4 médecins pour 100 000 habitants. A titre de comparaison dans les départements limitrophes, la densité est de 112,5 dans l’Orne et de 105,9 dans le Loir-et-Cher. A l’inverse ce sont la Savoie et les Pyrénées-Orientales qui ont la densité la plus forte avec 160,2 médecins pour 100 000 habitants.

Et la désertification de l’Eure-et-Loir n’est pas terminée. Loin de là! Les études indiquent que d’ici 10 ans, un médecin généraliste sur deux partira à la retraite. Pourquoi n’a-t-on pas anticipé ce phénomène pourtant parfaitement prévisible ? Qu’ont fait les différents ministres de la santé qui se sont succédé depuis trente ans ? Droite et gauche confondus ils sont responsables de la situation actuelle. L’époque où chaque village avait son médecin est bien révolue. A la campagne il faut le plus souvent faire des kilomètres pour trouver un professionnel de santé.

Revenu minimum garanti

C’est en 2012, alors que la désertification médicale devenait criante, que les pouvoirs publics se sont enfin décidés à réagir. Il y avait urgence ! Marisol Touraine, l’actuelle ministre de la Santé a lancé deux plans successifs pour tenter d’enrayer cette hémorragie. Les « pactes territoire santé » visent à installer en zone tendue des jeunes médecins libéraux grâce à un revenu minimum garanti de 55 000 euros par an, soit un salaire mensuel de 4 600 euros par mois. Par ailleurs elle a fixé un objectif de 1 000 maisons de santé pluridisciplinaires regroupant des généralistes avec des spécialistes et des paramédicaux. Des mesures qui n’ont pas eu les effets escomptés malgré le soutien de la région Centre-Val de Loire qui a lancé dés 2012 le « plan urgence santé ». Un plan qui vise à l’implantation de 50 maisons de santé sur le territoire régional à l’horizon 2020.

De son côté le département d’Eure-et-Loir a lancé le « plan santé 28 ». Un dispositif qui s’appuie sur le réseau des professionnels de santé afin de permettre aux étudiants en médecine d’accomplir leurs stages auprès de médecins libéraux du département. En outre l’Eure-et-Loir s’efforce de faciliter l’installation des professionnels de santé grâce à un dispositif d’accompagnement. Ainsi le conseil départemental apporte-t-il son aide aux collectivités dans la création de maisons de santé pluridisciplinaires comme celle des Bâtes à Dreux qui a ouvert ses portes en début d’année 2016.

Des mesures qu’encourage l’Ordre des médecins, mais qui paraissent dérisoires en regard des besoins de plus en plus importants de la population. L’allongement de la durée de vie d’une part associée à la politique du maintien à domicile des personnes âgées devrait, en toute logique, conduire à l’augmentation du nombre des médecins généralistes comme des spécialistes. Or, l’Eure-et-Loir, comme beaucoup d’autres départements, manque aussi de spécialistes. Notre pays a beau recruter des médecins étrangers, Roumains notamment, pour ses hôpitaux, le compte n’y est pas. En cause, la politique gouvernementale actuelle qui n’est pas faite pour encourager les vocations. Un fossé d’incompréhension s’est creusé au fil des années entre l’Etat et les professionnels de santé. « Ils veulent la mort de la médecine libérale » n’hésite pas à dire un médecin. Les négociations entre les syndicats et l’assurance-maladie piétinent. Si cette dernière est d’accord pour porter le tarif de la consultation de base de 23 à 25 euros, elle se refuse à en fixer le calendrier. « Elle pourrait s’étaler sur plusieurs années » croit savoir cette généraliste qui exerce dans les Yvelines. Une hausse de la rémunération que nombre de médecins jugent dérisoire compte tenu du temps passé en consultation au cabinet et au domicile des patients. « Et encore en ville nous avons SOS médecin qui intervient la nuit, souligne ce praticien. A la campagne les médecins doivent assurer la garde de nuit après leur journée de consultation et reprendre le lendemain .»