La dernière provocation de Tariq Ramadan

C’est en plein débat sur la déchéance de la nationalité que l’islamiste Tariq Ramadan choisit d’annoncer qu’il veut demander la nationalité française. Une provocation grossière venant d’un personnage au double langage devenu icône médiatique.

L’homme qui se voit dans le rôle de « médiateur », de « pont » entre deux cultures ne ménage pas ses efforts pour tenter d’expliquer que les musulmans peuvent très bien s’accommoder du mode de vie des pays européens sans rien changer à leurs traditions et dans la stricte observance du Coran et des Hadiths. Il prône le « vivre ensemble » estimant que dans un contexte de sociétés multiculturelles plusieurs religions peuvent coexister.

Pas question que l’on interdise aux musulmans de vivre comme chez eux. Une expression qu’il n’accepte pas d’ailleurs. Pour lui, les musulmans sont chez eux partout. Ils n’ont pas vocation à revenir dans leur pays d’origine. D’ailleurs lui-même n’est-il pas un parfait exemple de cette universalité de l’islam ? « Je suis de nationalité suisse mais d’origine égyptienne » se plait-il à rappeler.

Celui qui se présente volontiers comme islamologue est en effet le petit-fils d’Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères Musulmans. Cet opposant au roi Farouk a été pourchassé en Egypte avant d’être assassiné en 1949. Sa famille a quitté les bords du Nil pour se réfugier à Genève où Tariq est né en 1962. Maitrise de lettres en philosophie et littérature française. Doctorat en islamologie arabe. Etude des sciences islamiques à l’université Al-Azhar au Caire entre 1992 et 1994. Une carte de visite qui a de quoi en impressionner plus d’un en Occident. Pas les universitaires. «Tariq Ramadan n’est qu’une icône télévisuelle. Où sont ses travaux universitaires ? Aucun chercheur qu’il s’agisse d’Olivier Roy, de Gilles Kepel, de Rachid Benzine, de feu Mohammed Arkoun ou d’Abdelwahab Meddeb ne l’a jamais pris au sérieux » s’irrite Ahmed Beniani, politologue et anthropologue à l’université de Lauzanne.

Menace d’une plainte universitaire

Il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur la manière dont il a obtenu son doctorat. «A l’époque Tariq Ramadan décrochait son téléphone pour insulter et menacer ceux qui n’appréciaient pas son talent à sa juste valeur » se souvient Ali Merad, son directeur de thèse qu’il avait menacé d’une plainte universitaire s’il n’obtenait pas son diplôme.

L’homme n’aime pas la contradiction. Il n’hésite pas à trainer devant les tribunaux ceux qui osent critiquer son système idéologique. Ainsi fait-il un procès au journaliste et politologue Antoine Sfeir qui dénonce en lui « un islamiste dangereux », « un fondamentaliste charmeur » ou encore « un militant contre l’intégration ». Bref tout le contraire de l’image rassurante que le mielleux Ramadan voudrait donner de lui et de l’islam.

En dépit de toutes ses précautions oratoires, il lui arrive cependant de montrer parfois son vrai visage. Ainsi s’élèvera-t-il contre la loi interdisant le port de signes religieux qu’il qualifiera de « projet de loi discriminatoire et insensé ». Il signera aussi l’appel des « Indigènes de la République » qui dénonce la France comme un Etat n’assumant pas son passé colonial. « Sur l’intervention française au Mali il adopte exactement la même position que les Frères musulmans, le Tunisien Rachid Ghanouchi et l’Egyptien Mohamed Morsi » souligne Bakary Sambe, enseignant-chercheur au centre d’étude des religions à l’université Gaston Berge à Saint-Louis du Sénégal.

Ce personnage sulfureux dévoile toute son ambiguïté lorsqu’il s’agit des événements qui ont ensanglanté Paris l’année dernière. Dans une vidéo qu’il a lui-même enregistrée, il prononce une « condamnation absolue et totale » de ces tueries, mais pour en rejeter la responsabilité sur les gouvernements français de gauche comme de droite auxquels il reproche de suivre la politique des Etats-Unis et de trahir les valeurs en n’appliquant pas la laïcité. « Vous êtes les alliés objectifs de ces violents ! » ose même affirmer ce donneur de leçon.

On imagine quand même mal qu’avec un pareil dossier le ministre de l’Intérieur réponde favorablement à sa demande. Suisse il est, Suisse il restera. Tariq Ramadan la France n’a pas besoin de vous !