Le Parlement européen ne sert à rien, c’est Giscard qui le dit !

A quoi bon organiser des élections européennes en mai prochain puisque le Parlement européen qui en sortira n’aura aucun poids sur l’avenir de l’Europe.

C’est en effet ce que pense Valéry Giscard d’Estaing. Lors d’un entretien sur la radio Europe 1 (18/10/2018), l’ancien président de la République a déclaré : « Il ne faut pas se tromper, ce ne sont pas des élections très importantes car le parlement européen n’est pas très important ». Et VGE de préciser : « Son rôle est simplement de vérifier que les textes proposés par la commission sont conformes aux traités, c’est tout. Il n’a pas de pouvoir politique, pas de pouvoir de diriger l’Europe ». Une simple chambre d’enregistrement en somme. Un habillage démocratique pour une institution qui ne l’est pas comme l’ont souligné entre autres des personnalités aussi différentes que Jacques Attali et Philippe de Villiers.

Des propos déconcertants. Un plaider-coupable de la part de l’ancien chef de l’Etat qui revendique la paternité de ce parlement ? « C’est nous, je dirais presque moi, qui avons fait ce parlement en 1976 » déclare-t-il en effet lors de cet entretien. Après avoir reconnu l’erreur du regroupement familial dans l’ouvrage confession que lui consacre Eric Roussel (France patriote du 16/10/2018), Giscard dénonce maintenant le rôle du Parlement européen. Quelle mouche l’a donc piqué ? Pourquoi une telle autocritique des décisions politiques qu’il a prises et dont on a pu mesurer les conséquences désastreuses sur le fonctionnement de notre société tout au long de ces dernières décennies ?

p>Nombreuses sont les questions qui se posent devant de tels aveux. En premier lieu, pourquoi avoir privé le Parlement européen de l’initiative législative dont la Commission européenne a seule le monopole ? Pourquoi cette assemblée élue n’a-t-elle pas le contrôle du budget européen ? Curieusement elle ne peut vérifier que le volet des dépenses, pas celui des recettes. Pourquoi ni le Parlement, ni le Conseil de l’Europe qui représente les Etats membres ne peuvent être à l’initiative de propositions de lois, ce pouvoir étant réservé à la Commission européenne ? Le Parlement européen n’a en définitive qu’un droit de veto sur la Commission européenne. Il n’a pas le pouvoir d’imposer ses choix.

Or la toute puissante Commission européenne n’a aucune légitimité démocratique. Ses membres sont désignés par les gouvernements de chacun des Etats. C’est pourtant elle qui fait la pluie et le beau temps qui prend les décisions et veille à leur application dans les 28 pays membres de l’Union européenne. Organe exécutif déconnecté de la réalité des peuples, il n’est pas étonnant qu’elle fasse l’objet de tant de critiques qui rejaillissent sur l’ensemble de l’institution.

 

Mise en garde des électeurs

La faute en revient à l’européiste Giscard. Aujourd’hui, devant la montée des partis souverainistes, partout en Europe, il semble faire son mea culpa. Pourtant, depuis 40 ans, les mises en garde n’ont pas manqué. A commencer par celles des électeurs qui ont boudé les urnes. L’abstention qui était de 39,3% aux premières élections européennes de 1979 a atteint 56% en 2014 après avoir connu un pic de 59,5% en 2009. Un phénomène qui n’est pas propre à notre pays. Aux dernières élections européennes 53% des Allemands se sont détournés des urnes. En Croatie 79% des électeurs ne se sont pas déplacés. Le record revenant à la Slovaquie avec 87% d’abstentions. Sur les 28 pays de l’Union européenne, ils n’ont été que huit à avoir une majorité de votants. La Suède a néanmoins compté 49% d’abstentionnistes, l’Irlande 48,8%, le Danemark 45%, la Grèce 42,6%, l’Italie 40%, Malte 25,2%. C’est en Belgique et au Luxembourg qu’on a le plus voté avec seulement 10% d’abstentions. Normal, dans ces deux pays le vote est obligatoire sous peine d’une forte amende.

Un tel désaveu des électeurs aurait dû conduire les dirigeants européens à réfléchir à une réforme profonde des institutions. Or, ils n’ont rien fait. Et l’Europe a continué à s’agrandir, à accueillir toujours plus de nouveaux états. La grenouille voulait se faire aussi grosse que le bœuf américain. Le tandem  franco-allemand avec Angela Merkel dans le rôle du maître de ballet a été longtemps le baromètre de l’Union européenne. Mais cela c’était avant ! Avant que les vagues d’immigrants se lancent à l’assaut du vieux continent.

Depuis l’Europe s’est fracturée avec d’un côté les pays qui refusaient clairement l’immigration en fermant leurs frontières qui constituent aujourd’hui le groupe de Visegrad, et de l’autre ceux qui la subissaient plus ou moins volontairement. C’est ainsi qu’une nouvelle carte géopolitique s’est dessinée en Europe et c’est principalement sur le critère de l’immigration que se joueront les élections européennes du 26 mai prochain. Un enjeu qui, en ce qui concerne la France, dépassera le cadre strict de l’Europe. Ces élections seront en effet les premières depuis l’élection présidentielle. Elles pourraient bien prendre la forme d’un référendum « pour » ou « contre » Macron. Au moins, pour une fois, serviront-elles à quelque chose !