Le système politique est-il au bord de l’implosion ?

Chacun de nous le sent bien. La situation actuelle ne peut plus durer. Les Français ne font plus confiance aux  politiques pour résoudre les problèmes du quotidien. Nous sommes à un tournant et personne ne peut dire sur quoi peut déboucher cette crise.

 

Une grande lassitude, beaucoup de morosité et de la méfiance. C’est ce qui ressort de la dernière enquête annuelle menée par le Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences-Po, véritable baromètre de la confiance des Français depuis 2009.  Droite et gauche confondus, ils estiment  à 88% que les hommes politiques ne tiennent pas compte de leurs préoccupations. Une rupture entre le peuple et les élites qui s’est encore creusée ces dernières années avec le détournement de la démocratie au profit d’une caste politicienne totalement déconnectée de la réalité.

Phénomène de « droitisation de la société »

Un sondage réalisé en janvier 2014 par Opinion Way et le Cevipof montrait déjà le pessimisme et la morosité des Français. Ils étaient 50% à souhaiter que la France ait « à sa tête un homme fort qui n’ait pas à se préoccuper du parlement ni des élections ». 69% jugeaient que la « démocratie ne fonctionne pas bien » et  75% n’avaient « pas confiance dans l’Etat pour résoudre les problèmes du pays ». Un phénomène de « droitisation de la société » que les politiques n’ont pas vu venir.

« Les Français sont en quête d’autorité, de repères, de valeurs, ulcérés par la chape de plomb du politiquement correct » remarque un observateur. Une tendance que confirme la dernière enquête du Cevipof réalisée courant décembre, donc après les attentats de Paris. Lorsqu’on demande aux Français ce qu’ils pensent de la politique, c’est la méfiance qui vient en tête (39%), suivie du dégoût (37%). Ils ne sont que 4% à placer leur espoir dans la politique. Leur jugement vis-à-vis des hommes politiques est impitoyable : à 76% ils pensent qu’ils sont corrompus. Ils n’ont pas oublié l’affaire Cahuzac…

Cette déconnexion des Français avec leurs représentants politiques explique la progression de l’abstention qui a doublé en trente ans, mais aussi la montée en puissance du Front national qui apparaît comme le parti anti-systéme. « Le profil sociologique de l’abstentionniste est le même que celui de l’électeur FN » souligne le géographe Christophe Guilluy.

Fiers d’être Français

Mais nos compatriotes qui sont 79% à se déclarer fiers d’être Français ont aussi des motifs de satisfaction. Ils apprécient les grandes organisations de notre pays. Les hôpitaux sont plébiscités à 82%, l’armée à 81%( en progression de 5 points par rapport à l’enquête précédente). La police suit avec 75% (+6%). Viennent ensuite l’école (69%), les associations (66%), la Sécurité sociale (62%). « Les Français ont besoin de protection et de sécurité » commente Bruno Cautrés, chercheur au CNRS et coresponsable de l’enquête. A l’inverse, les Français sont plus sceptiques vis-à-vis des syndicats (27%) et des médias (24%) et placent en dernière position les partis politiques (12%).

Pour combien de temps encore ces derniers continueront-ils à vouloir étouffer la crise politique profonde que traverse notre pays, plutôt que d’y répondre ? Bruno Cautrés qui a pris la mesure de l’exaspération des Français conclut:« On est dans des problèmes dont personne n’arrive à sortir. Il faut que quelque chose se passe ! ».