Les généraux en ont ras le képi et le font savoir

Ils sont sur tous les fronts. Habitués à une certaine réserve, formés à la retenue et à la discrétion, des généraux n’hésitent plus aujourd’hui à exprimer ouvertement leur désaccord avec le pouvoir en place. Les critiques fusent. Du jamais vu en France depuis la guerre d’Algérie…

Dans un livre au titre ô combien explicite « Tout ce qu’il ne faut pas dire », paru fin mars chez Plon, le général d’armée Bertrand Soubelet, 56 ans, ex numéro 3 de la gendarmerie revient sur les motifs de sa disgrâce lorsqu’en décembre 2013 auditionné par les parlementaires de la mission d’information relative à la lutte contre l’insécurité il n’avait pas caché ses préoccupations devant la montée de la délinquance et des dangers qui menacent notre pays. Un témoignage sincère, s’appuyant sur une argumentation solide qui va déplaire au gouvernement. Quelques mois plus tard, ce spécialiste reconnu de la sécurité intérieure est limogé et placé à la tête de la gendarmerie d’outre-mer. Une sanction injuste dont l’onde de choc sera ressentie jusque dans les brigades de gendarmerie où ce « général courage » est apprécié.

A ceux qui lui reprocheraient d’être sorti du « devoir de réserve », Bertrand Soubelet répond dans son livre : « Ma loyauté va d’abord à mon pays et à ceux qui choisissent les valeurs de la république ». Une pierre dans le jardin de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui !

Les Saint-Cyriens au Puy-du-Fou

Autre prise de position récente, celle du général (2S) Alain de Guillebon. En réponse au député(PS) Sylviane Bulteau qui s’étonne dans une question au ministre de la défense de « la présence de Saint-Cyriens en grand uniforme au Puy-du-Fou lors du retour de l’anneau de sainte Jeanne d’Arc », le directeur du département sciences politiques à l’institut catholique d’études supérieures(ICES), lui-même ancien de Saint-Cyr, précise : « Rien n’interdit à un militaire d’assister en tenue à titre personnel à une manifestation d’ordre privé comme un mariage ou un enterrement » et de s’interroger sur les raisons de la question posée par l’élue socialiste:  « Je pense qu’il y a une nouvelle charge contre tout ce qui représente le traditionnel en France et notamment la religion catholique ».

Le 23 mars dernier, c’est l’ingénieur général de l’armement (2S) Eric Lhullier qui écrit à Manuel Valls pour lui faire part de son « indignation » à propos de la campagne « Tous unis contre la haine ». L’ancien polytechnicien vide son sac : « Ces vidéos, repassées ad nauseam sur les télévisions sont ignobles, tant par l’image que par le commentaire axé sur les crachats et le sang. Et odieuses, car elles visent à culpabiliser les français dits de souche d’une manière scandaleusement injuste ».

Une volée de bois vert

Des critiques qui agacent en haut lieu, surtout lorsqu’il s’agit de mettre en cause la politique de défense. Ainsi, courant janvier, le sénateur socialiste Gilbert Roger, vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense nationale et des forces armées, s’est-il permis de demander au général Pierre de Villiers, chef d’Etat-major des armées, de rappeler à l’ordre « des militaires retraités qui critiquent sans cesse la politique menée ». Mal lui en a pris. Il s’est pris une volée de bois vert bien méritée. « Sur le fond je trouve que les mêmes qui ont sacralisé les journalistes anarchistes de Charlie jusqu’à leur conférer la légion d’honneur… sont des plus mal placés pour demander qu’on interdise aux militaires retraités de s’exprimer ! d’autant que les officiers auxquels vous faites allusion sont de toute évidence beaucoup plus compétents que vous sur les problématiques (graves) de défense qui les préoccupent » rugit le général de corps d’armée (2S) Jean-Claude Thomann, ancien commandant des forces terrestres, dans une lettre au vitriol adressée au sénateur socialiste. Tout aussi révolté par le grotesque de cette demande, le général Henri Pinard-Legry, président de l’ASAF (association de soutien à l’armée française) prend lui aussi sa plume pour lui dire ce qu’il pense : « Monsieur le sénateur, votre intervention, caricaturale dans la forme est injustifiée sur le fond. Pourquoi des citoyens ayant reçu une longue formation militaire, acquis une riche expérience opérationnelle et possédant une connaissance approfondie des questions de défense, devraient taire leurs réflexions, critiques et contre-propositions sur des mesures prises par le gouvernement, quel qu’il soit, quand ils estiment de manière argumentée que les choix sont mauvais pour la France et son armée ».

Contre la présence de migrants à Calais

Mais c’est sans doute l’interpellation musclée à Calais, le 6 février dernier, du général de corps d’armée (2S) Christian Piquemal qui va provoquer les réactions les plus vives au sein de l’institution militaire. Le général Piquemal qui fustige « le déclin et la décadence de la France » et dénonce l’invasion migratoire de notre pays a fait savoir qu’il participerait à une manifestation organisée contre la présence des migrants à Calais. Malgré l’interdiction préfectorale, l’ancien patron de la Légion étrangère maintient sa décision d’être présent à ce rassemblement. Interpellé sans ménagement par des policiers, il se voit remettre à l’issue d’une longue garde à vue, une convocation devant le tribunal de Boulogne-sur-mer pour le 12 mai. Il lui est reproché d’avoir « participé à un attroupement qui ne s’est pas dissous après sommation ». Un motif futile qui va déclencher de très nombreuses réactions. Celles du général Didier Tauzin notamment : « Cette arrestation constitue de la part de nos gouvernants une grossière tentative d’intimidation, méthode classique des régimes à l’agonie » écrit-il. Le général Antoine Martinez est tout aussi sévère avec le pouvoir. « Nos gouvernants qui confondent la France avec la République la guident vers le chaos. Ils ont oublié que l’essence de la politique c’est d’assurer la sécurité à l’extérieur et la concorde à l’intérieur ».

Une lettre ouverte au président de la République

Fait sans précédent, les généraux Pierre Coursier, Antoine Martinez et Jean du Verdier adressent le 4 mars dernier une lettre ouverte au président de la République dont voici quelques extraits : « Le général Christian Piquemal s’est rendu pacifiquement sur place pour constater cette capitulation de l’Etat. Par une ironie blessante il a été arrêté au nom de l’ordre public alors que les migrants illégaux demeurent libre de leurs faits et gestes pendant ce temps ». Et d’ajouter : « Il convient, au lieu de s’acharner sur un soldat, fut-il général et patriote, de rétablir l’ordre public à Calais, ce qui suppose l’éradication de la « jungle » (une « jungle » peut-elle exister en République ?) et le renvoi de tous les clandestins dans leur pays d’origine » avant d’enfoncer le clou : « Vous êtes en effet le garant de l’ordre public et aussi du respect des frontières et vous ne pouvez pas vous dérober à vos devoirs sur ces deux points essentiels ». Une injonction au chef de l’Etat, chef des armées, tout à fait exceptionnelle qui témoigne de la décadence de notre pays. Les généraux sont des patriotes. Ils se sont battus toute leur vie pour défendre notre drapeau, nos valeurs, notre civilisation. Soldats, ils ont bien souvent côtoyé la mort et vu leurs camarades tomber à côté d’eux. Et tout çà pour être aujourd’hui les témoins d’une désastreuse politique. On comprend qu’ils soient révoltés ! Quelle belle définition du rôle des généraux de réserve que celle que donne le général Antoine Martinez: « Nous sommes les sentinelles et les gardiens de la mémoire et de l’histoire de la Nation que nous avons le devoir de défendre et de transmettre ». Il est vrai qu’ils n’ont pas les mêmes préoccupations que les politiques !