L’indignation, une arme à géométrie variable entre les mains du pouvoir

Quoi de plus facile que d’attendrir le téléspectateur installé devant son poste télé ! Les images de la guerre, de la misère, des migrants africains entassés sur des bateaux de fortune envahissent les écrans jusqu’à saturation. Mais il n’y a rien de pire que de s’habituer au malheur…

Alors de temps en temps il faut relancer le juteux et inépuisable filon de l’émotion en créant l’événement, en montrant l’image choc qui conduira le téléspectateur à s’indigner. Comment ne pas être pris de compassion devant cette vidéo de CNN diffusée le 18 novembre dernier montrant un marché d’esclaves en Libye et les appels à l’aide désespérés de ces Africains victimes frappés et torturés par leurs geôliers arabes ?

Comment rester insensible devant le sort réservé aux Rohingyas, cette minorité musulmane expulsée de Birmanie ? Et pour bien apitoyer le bon peuple Omar Sy se rend dans un camp de réfugiés pour lancer un appel à la générosité largement relayé par les chaines de télévision.

Qui ne se souvient du petit Aylan, cet enfant Kurde de 3 ans retrouvé mort sur une plage de Turquie le 2 septembre 2015 ? La photo du petit cadavre rejeté par la mer avait ému le monde entier. S’agissait-il d’une manipulation, d’une mise en scène, comme certains indices le laissent à penser ? Peu importe l’objectif avait été atteint. Le jour même François Hollande, alors chef de l’Etat réagissait dans un tweet : « Face au drame des réfugiés, nous proposons avec Angela Merkel un mécanisme d’accueil permanent et obligatoire en Europe ». Vous avez bien lu « accueil permanent et obligatoire ». Bref l’ouverture totale et sans restriction aucune des frontières du pays à l’invasion migratoire.

Pratiques d’un autre âge

Et c’est bien ce qui va se produire suite au documentaire choc de CNN montrant l’existence d’un marché aux esclaves prés de Tripoli. Une révélation pour l’opinion publique, mais pas pour les dirigeants occidentaux, français en particulier qui connaissaient depuis longtemps l’existence de ces pratiques d’un autre âge dont étaient victimes les migrants africains, notamment les femmes et les enfants.

Evidemment Macron a fait semblant de découvrir ces « crimes contre l’humanité » – une expression qu’il semble affectionner – et de s’en émouvoir. Lors du sommet Europe-Afrique qui s’est tenu fin novembre à Abidjan, les dirigeants des deux continents ont pris « l’engagement fort » de lutter contre l’immigration clandestine et ses dérives. Dans l’immédiat la France s’est prononcée pour « l’évacuation d’urgence des Africains désirant quitter la Libye ». Comment ? Par la force ? C’est probable, mais pas confirmé. Ce qui est certain, en revanche, c’est que ces migrants ne retourneront pas dans leur pays, ni dans aucun des pays africains, bien trop pauvres pour les accueillir. Ils viendront donc en Europe, et surtout, bien entendu, en France.

Susciter de l’indignation certes, mais celle-ci doit être sélective ! Tout comme pour le cholestérol il y a la bonne et la mauvaise indignation. L’indignation qui est utile au pouvoir et celle qui lui est nuisible. Pour avoir bravé cet interdit Marine Le Pen a vu son immunité parlementaire levée par le bureau de l’Assemblée nationale le 8 novembre dernier. Quelle est donc la faute impardonnable dont s’est rendue coupable la présidente du Front national ? Il lui est reproché par le parquet de Nanterre d’avoir diffusé des « photographies extrêmement violentes » mettant en scène des victimes de l’Etat islamique. Elle a ainsi posté le 16 décembre 2015 sur son compte twitter trois clichés dont ceux de l’exécution publique du journaliste américain James Folley accompagnés de la mention « Daech, c’est çà ! ».

C’était sa manière à elle de protester contre le parallèle fait entre le groupe terroriste Etat islamique et le FN par Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV. Un parallèle qu’elle avait qualifié à l’époque de « dérapage inacceptable ». Mais c’est elle qui aujourd’hui risque trois ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende ! « Mieux vaut être un djihadiste qui rentre de Syrie qu’un député qui dénonce les abjections de l’Etat islamique. On prend moins de risques judiciaires ! » a commenté Marine Le Pen en apprenant la levée de son immunité parlementaire.

Coupable d’avoir montré la réalité dans toute sa cruauté. Voilà ce qui est reproché à Marine Le Pen comme à Gilbert Collard dont l’immunité parlementaire a été levée le 27 septembre dernier pour les mêmes motifs. Tout comme l’indignation, la liberté d’expression est à géométrie variable dans notre pays. En dépit de sa proximité avec le groupe raciste et antisémite des « Indigènes de la République » et ses déclarations ouvertement provocatrices la députée islamo-gauchiste Danièle Obono n’a jamais été inquiétée par la justice.