Macron : portrait d’un homme insaisissable

Quasi inconnu du grand public il y a seulement trois ans, l’homme est parti à la conquête du pouvoir. Qui est Macron ? Que veut-il faire ? Portrait d’un personnage énigmatique.

Il a l’élégance et les bonnes manières des gens bien nés. L’assurance et l’air satisfait de celui à qui tout réussit. Toujours tiré à quatre épingles dans son costume de bonne coupe, Emmanuel Macron a tout du gendre idéal. A moins de 40 ans-il les aura en décembre prochain-ce fils de médecins natif d’Amiens à un parcours universitaire bien rempli.

Lauréat du concours général en 1994, il passe une maîtrise puis un DEA de philosophie. S’il échoue à Normale Sup, il sort diplômé de Sciences Po à 24 ans. Il fait ensuite l’ENA et choisit à sa sortie l’inspection des finances où Il ne restera que six ans. En 2008, il se met en disponibilité de la fonction publique et sur recommandation de Jacques Attali, il entre comme banquier d’affaires chez Rothschild. Il est immédiatement remarqué pour ses qualités de négociateur, voire d’expert… en manipulation, comme le reconnait un haut responsable de la banque.

Un manipulateur Macron ? Le journaliste Adrien de Tricornot se souvient d’une anecdote qui en dit long sur le personnage. Elle se passe en 2010. Le Monde est alors en grandes difficultés financières. Les journalistes de la société des rédacteurs du Monde, actionnaire principal, sont à la recherche de fonds pour recapitaliser le journal. Ils ont besoin des conseils d’avocats et de banquiers d’affaires. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron, alors associé chez Rothschild, se propose de les aider « bénévolement ». Un heureux hasard leur fera découvrir que le futur candidat à la présidentielle roulait en réalité pour un des groupes qui voulait racheter le journal (voir l’interview d’Adrien de Tricornot dans Street vox).

Qui est réellement Macron ? L’homme qui se dit être ni de gauche, ni de droite a commencé à militer au Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement avant de prendre sa carte au Parti socialiste dont il sera membre de 2006 à 2009. De gauche, il l’est incontestablement. Sollicité par la droite pour conduire une liste aux élections municipales de 2008 à Amiens, il refuse d’être candidat. De même déclinera-t-il l’offre d’entrer au cabinet de François Fillon, alors premier ministre.

C’est à François Hollande qu’il apporte son soutien en 2011 lors de la primaire de la gauche en animant un groupe d’experts. La suite on la connait, d’abord secrétaire général adjoint à la présidence de la République en 2012 où il anime le pôle « Economie et Finances » il devient ministre de l’Economie, de l’industrie et du numérique en août 2014 en remplacement d’Arnaud Montebourg avant de démissionner deux ans plus tard.

Pour qui roule Macron ?

La création de son mouvement « En marche ! » en avril 2016 fait le buzz. L’affaire a été préparée de longue date et dans le plus grand secret. Un véritable complot mené par un ministre qui se servait de ses fonctions pour s’organiser en vue de la présidentielle. Dans leur livre « Dans l’enfer de Bercy » les journalistes Marion L’Hour et Fréderic Says révèlent que Macron a pioché allègrement dans l’enveloppe des frais de représentation de son ministère : 120 000 euros en huit mois, soit 80 % de l’enveloppe, pour inviter des personnalités diverses à des déjeuners. « Il n’y a rien d’illégal à cela » a commenté Michel Sapin, tout en reconnaissant que Macron s’était « désengagé » de ses fonctions ministérielles. Qui étaient ses invités ? Parions, sans risque d’être démenti, que nombre d’entre eux se trouvent aujourd’hui à ses côtés : députés, patrons de grandes entreprises, spécialistes de la communication, banquiers d’affaires… bref tous ceux qui apportent leur appui financier et relationnel à ce candidat progressiste qui fait passer le marché et la consommation avant toute autre considération. Car comment expliquer autrement, puisque les adhésions à « En marche ! » sont gratuites, les sommes d’argent colossales dont dispose le candidat qui, fin 2016, s’élevaient à 3,7 millions d’euros de dons, selon le responsable de la communication du mouvement ?

Ce « technocrate parachuté par l’oligarchie » pour reprendre la formule de l’économiste François Asselineau est le candidat de la mondialisation. Il est pour l’ouverture toujours plus grande des frontières. A Berlin, le 10 janvier dernier, il a salué la politique migratoire de Merkel la donnant en exemple pour notre pays. Dans son livre « Révolution » paru en novembre 2016, Macron se définit comme « homme de gauche » et « libéral ». Un libéral à l’idéologie libertaire en réalité qui se prononce pour la dépénalisation du cannabis.

D’où vient son succès ?

Son talent est de faire croire qu’il est un homme neuf. Il a saisi l’air du temps et la demande de renouvellement du personnel politique. Se présentant comme le candidat « anti système », il n’est, en réalité, que le produit de ce système qu’il prétend combattre. « Il a été l’inspirateur de la politique économique de François Hollande » remarque Gérard Larcher sur BFMTV. Ses détracteurs se plaisent à souligner que ses discours sont vides de sens. Que lui importe ! les foules se pressent à ses meetings pour écouter cette sorte de gourou aux accents christiques. « Il flotte à cinq centimètres au dessus du sol. Il pense que sa candidature est d’essence divine et qu’il va emporter tout le monde avec lui » assure un de ses anciens collaborateurs à l’Elysée. On comprend qu’oser lui parler de programme devient une incongruité. « La politique c’est une mystique », « c’est un style », « c’à a même une dimension christique » s’enthousiasme-t-il (JDD du 12 /02/17).

Macron, un personnage énigmatique qui se veut l’héritier de Michel Rocard et qui rencontre Philippe de Villiers pour saluer la réussite du Puy du Fou. Qui rend un vibrant hommage à Jeanne d’Arc à Orléans tout en réfutant l’idée d’une culture française. «Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse » affirme-t-il à Lyon. Qui se présente à l’élection présidentielle tout en considérant que « passer par l’élection est un cursus de l’ancien temps ». Est-ce cette ambiguïté du personnage qui fascine ses auditeurs tout autant que la presse ? Seul ou en couple avec Brigitte Trogneux son ainée de 24 ans, il a eu droit à une cinquantaine de couvertures de magazines entre novembre 2016 et janvier 2017. Une surexposition médiatique qui constitue un record, mais qui risque aussi de lasser.