Macron pris dans le tourbillon migratoire

Comment sortir sans perdre la face du dossier empoisonné des migrants ? Un an après sa prise de fonction, le locataire de l’Elysée est toujours à la recherche d’une solution pour résoudre la question qui divise profondément les pays européens.

Après des heures de négociations laborieuses le sommet européen de Bruxelles des 28 et 29 juin a accouché d’un accord pour la « création de plateformes de débarquement » situées en dehors de l’union européenne. « C’est la coopération européenne qui l’a emporté » s’est aussitôt réjoui Emmanuel Macron. Un accord a minima qui cache mal en réalité l’échec de ce sommet qui devait initialement permettre de débloquer la réforme du régime d’asile européen enlisé depuis deux ans.

Un objectif abandonné du fait des divergences profondes entre pays européens sur la renégociation du règlement de Dublin qui confie au pays de première entrée dans l’UE la responsabilité de l’accueil des migrants. De cela l’Italie de Giuseppe Conte, le premier ministre italien, ne veut plus en refusant l’accès de ses ports aux navires transportant des migrants.

Devant la gravité de la situation politique, la question de la survie de la construction européenne devenait prioritaire. Il fallait trouver un consensus sur la crise migratoire qui sauverait les apparences tout en préservant l’unité européenne ? Un enjeu pour lequel Emmanuel Macron n’a pas ménagé ses efforts. Dans une Europe où les opinions publiques sont de plus en plus hostiles à l’arrivée de nouveaux migrants, le président Français est pris en tenaille entre les pays européens qui cherchent une solution humaine au problème migratoire et ceux qui refusent toute immigration comme le groupe de Visegrad qui réunit la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie.

Gouvernements populistes

Ménager la chèvre et le chou. C’est l’exercice auquel Macron a dû se plier. Depuis son élection, en effet, le paysage politique européen s’est considérablement transformé. En Autriche, comme en Allemagne et plus récemment en Italie, les électeurs ont bousculé les partis traditionnels. Des gouvernements populistes sont arrivés au pouvoir. Angela Merkel n’a plus la liberté d’agir qu’elle avait en 2015 quand l’Allemagne a accueilli un million de migrants.

La chancelière allemande est placée sous l’étroite surveillance de son alliée, la puissante CSU de Bavière formation à laquelle appartient le ministre de l’intérieur Horst Seehofer. Celui-ci très critique vis-à-vis de la politique migratoire d’Angela Merkel qu’il rend responsable de la dégringolade électorale de la CDU au profit des populistes de l’AFD se montre menaçant. D’autant que les élections en Bavière auront lieu en octobre.

En France aussi la donne a changé. Selon une enquête Odoxa-Dentsu du 28 juin, la peur l’emporte désormais sur la compassion (54% contre 45%) lorsqu’on interroge les Français sur leur attitude vis-à-vis des migrants. 60% des personnes consultées considèrent même que notre pays est trop accueillant. Un sondage qui a de quoi interpeller l’exécutif alors que se profilent les élections européennes de mai 2019.

Le président de la République n’a pas attendu ce sondage pour changer radicalement d’attitude sur la question. Alors qu’en janvier 2017, le candidat Macron n’avait pas de mots assez flatteurs pour « saluer » la politique d’Angela Merkel en faveur de l’accueil des réfugiés, déplorant que « L’Europe n’a pas réagi comme elle aurait dû à ce moment-là », le nouveau président de la République se prononçait six mois plus tard en faveur de la création de centres d’accueil hors des frontières de l’Europe « afin d’éviter aux gens de prendre des risques fous alors qu’ils ne sont pas tous éligibles à l’asile ». Une attitude de fermeté qu’il manifestera le mois dernier avec l’affaire des 630 migrants de l’Aquarius.

Alors que l’Italie et Malte refusent de les accueillir et que le bateau cherche un port de débarquement Macron reste silencieux. Pour justifier la position de la France et répondre aux critiques de l’aile gauche de sa majorité il met en avant « le droit maritime ». Un cadre juridique inadapté à l’afflux massif de populations à travers la méditerranée.

L’impératif moral ne pèse pas lourd face aux risques économiques mais aussi – et surtout – politiques. La posture du « en même temps » n’est plus de mise alors que le vent du populisme balaye une Europe qui se radicalise. Le chef de l’Etat a compris que s’il voulait s’inscrire dans la durée, il lui fallait affirmer des valeurs et manifester une ligne politique claire et ferme sur le plan migratoire. La lune de miel avec Angela Merkel appartient bel et bien au passé !

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