Pendant que les militaires sonnent le tocsin, pour Macron le danger c’est Marine Le Pen

Ont-ils perdu le contact avec la réalité ou sont-ils aveuglés par leurs oeillères idéologiques ? Les deux sans doute quand on constate les magouilles auxquelles se livrent les macronistes pour tenter d’empêcher le Rassemblement national de prendre le contrôle des régions Paca et Hauts-de-France.

Alors que le pays s’enfonce un peu plus chaque jour dans le chaos, que la police est confrontée tant au terrorisme islamiste qu’aux émeutes urbaines, sans parler des violences du quotidien dans les banlieues, on assiste en région Paca à une pantalonnade qui n’est pas à l’honneur – c’est le moins qu’on puisse dire – de ses protagonistes. Une histoire marseillaise qui pourrait faire sourire si elle n’était l’illustration caricaturale de la tambouille politicienne dans laquelle se complaisent certains pour conserver leur siège.
Président sortant de la région Provence-Alpes Côte d’Azur Renaud Muselier se sait sur un fauteuil éjectable. Aux précédentes élections régionales les Républicains ne l’ont emporté que d’une courte tête face au Front national grâce au retrait au second tour de la liste de gauche conduite à l’époque par Christophe Castaner.

Muselier ne cache pas son inquiétude. Il sait qu’il risque de perdre la présidence de la Région. Depuis quelques mois il cultive l’ambiguité sur l’éventualité d’un rapprochement avec les macronistes. Mais les consignes de Christian Jacob, patron des Républicains sont claires : on ne pactise pas LREM qui a décidé de présenter aux régionales une liste conduite par Sophie Cluzel, secrétaire d’État aux personnes handicapées. L’ex dauphin de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille joue les équilibristes. Il assure qu’il n’est pas question qu’il cède à la pression des Marcheurs. Or, le 2 mai c’est le premier ministre lui-même qui annonce le retrait de la liste LREM et sa fusion avec la liste de Renaud Muselier. Un calcul politicien qui n’est pas du goût de l’état-major des Républicains. Ceux-ci qui ont compris la manoeuvre annoncent qu’ils ne soutiendront pas cette liste et retirent à Muselier l’étiquette LR. C’est l’épreuve de force. La partie de bras de fer entre le parti et son chef de file en Paca qui fait figure de traître. Car l’alliance avec la Rem c’est pour les Républicains l’échec assuré. Ils savent que les électeurs de la droite dure préféreront mettre dans l’urne un bulletin Rassemblement national dont la tête de liste est Thierry Mariani, un transfuge de LR. Eric Ciotti, leur chef de file n’a-t-il pas déclaré : « Ce qui nous sépare du Rassemblement national, c’est notre capacité à gouverner ». Autrement dit, rien sur le fond ne nous sépare !

Manoeuvre élyséenne

Sommé de choisir, Muselier va finalement se soumettre et renoncer à prendre sur sa liste Sophie Cluzel ni aucun de ses colistiers. La manœuvre élyséenne a échoué. Chez les LR on respire. Un soulagement de courte durée. Tour à tour Christian Estrosi, maire de Nice et Hubert Falco, maire de Toulon qui avaient soutenu la démarche de Renaud Muselier annoncent qu’ils quittent le parti. Fin (provisoire ?) de la partie de poker menteur.

L’échec méditerranéen ne va pas décourager les stratèges de l’Elysée, bien au contraire. Samedi 8 mai, jour de commémoration de l’armistice de 1945, alors que la France est sous le choc, partagée entre tristesse et colère après la mort la veille du policier Eric Masson tué par un dealer en plein centre d’Avignon, Dupont-Moretti, lui, distribue des tracts sur le marché de Lens. Le garde des Sceaux tout juste désigné comme tête de liste de la REM dans le Pas-de-Calais ne cache pas son objectif. « Je ne veux pas chasser sur les terres du Rassemblement national (il dit Front national), je veux chasser le RN de cette terre » jure-t-il. Des « rodomontades » dont ne s’inquiète pas Marine Le Pen qui rappelle qu’avant lui d’autres « fort en gueule » s’y sont risqués comme Bernard Tapie ou Jean-Luc Mélenchon et sont « assez rapidement repartis plutôt humiliés par l’expérience ».

Voilà un ministre de la Justice qui n’a certainement pas grand-chose à faire pour se lancer ainsi dans l’arène politique est-on en droit de penser ! Comment peut-on être à la tête d’un ministère régalien et en même temps candidat à une élection ? Il faut choisir. Cet intérêt soudain pour la politique politicienne a de quoi surprendre. Interrogé par LCI sur l’éventualité de devenir ministre, l’avocat pénaliste avait repoussé avec vigueur cette hypothèse « C’est pas mon métier. Il faut en avaler des couleuvres pour faire de la politique » et d’ajouter : « Personne n’aurait l’idée sotte, totalement saugrenue, incongrue,invraisemblable, de me proposer cela ». C’était en avril 2018. Pourtant en juillet 2020 « l’Ogre du Nord » – c’est son surnom avec Acquittator – a été nommé garde des Sceaux et ministre de la Justice. Voilà un homme de parole ! Quant à son grand projet de loi de réforme de la justice annoncé à grands renfort de trompette, il attendra. Il manque de 30 000 à 40 000 places de prison. Qu’importe ! L’essentiel pour Dupont-moretti c’est de combattre le Rassemblement national. Macron le lui a demandé et il a aussitôt obéi pressé d’en découdre avec celle qu’il désigne comme son ennemi héréditaire. « Elle est pire que son père » dit-il de Marine Le Pen. Et en cas de défaite, hautement probable, va-t-il démissionner du gouvernement ? On connaît déjà la réponse.