Pourquoi 2500 gendarmes n’arrivent pas à venir à bout de 200 zadistes ?

Ils s’attendaient à une promenade militaire dans la lande bretonne. Mais les occupants de la ZAD sont plus coriaces que prévus. Et le pouvoir perd chaque jour un peu plus de son autorité et de sa crédibilité. Combien de temps encore va durer la partie de cache-cache qui se joue à Notre-Dame des Landes entre 200 zadistes et les gendarmes ? Huit jours après le début de l’intervention des forces de l’ordre sur le site abandonné du projet d’aéroport du Grand-Ouest, la situation reste très confuse. Les zadistes profitent de la nuit pour reconstruire des barricades que les gendarmes s’emploient à détruire dés le lever du jour. Une guerre de position qui pourrait prêter à sourire si elle n’était pas révélatrice, en fait, de l’impuissance de l’Etat à faire respecter son autorité. « Tout ce qui doit être évacué sera évacué. L’ordre républicain sera respecté » a déclaré Macron dimanche soir sur BFMtv. Belle déclaration d’intention ! Mais après ? Il ne suffit pas de dire que la colère des zadistes est « illégitime » et de jeter l’opprobre sur « des gens qui n’aiment plus l’ordre républicain » pour rétablir l’état de droit bafoué depuis des années à Notre-Dame des Landes. Il convient de prendre les mesures qui s’imposent en procédant à l’interpellation systématique et à l’incarcération avant comparution immédiate des occupants illégaux devant le tribunal pour « troubles à l’ordre public », « participation à un attroupement armé » et/ou « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Notre arsenal judiciaire est suffisamment étoffé en la matière.

Des affrontements violents ont lieu quotidiennement sur la ZAD. Aux grenades lacrymogènes des gendarmes répondent les jets de projectiles divers des manifestants qui n’hésitent pas à utiliser cocktails molotov, fusées, bombes artisanales remplies de billes d’acier et de bouteilles d’acide. De véritables scènes de guérillas dans ce paisible paysage de bois, de landes et de bocage qui font chaque jour de nouveaux blessés dans chaque camp. 65 en une semaine du côté des forces de l’ordre.

L’impéritie du pouvoir

Attend-on qu’il y ait un mort et que la situation devienne incontrôlable pour que le pouvoir prenne enfin les mesures qui s’imposent ? La mort du jeune militant écologiste Rémi Fraisse survenue en octobre 2014 lors d’une manifestation contre le projet de construction d’un barrage à Sivens (Tarn) hante encore les esprits et le gouvernement veut éviter à tout prix qu’un tel drame ne se reproduise. Mais les risques d’un semblable dérapage ne sont-ils pas quotidiens à Notre-Dame des Landes ? La préfète de Loire-Atlantique a annoncé dimanche que « les forces de l’ordre resteraient mobilisées encore trois à quatre semaines ». Comment justifier un tel délai ? Pourquoi mobiliser autant de gendarmes pour une opération qu’on laisse-volontairement-trainer en longueur ?

L’impéritie du pouvoir dans l’affaire de Notre-Dame des Landes donne aussi un très mauvais signal à tous ceux qui, en France, sont des « professionnels de la confrontation » pour reprendre l’expression de Gérard Colomb. On pense évidemment à ceux qui bloquent aujourd’hui les facs. Mais on a aussi à l’esprit les scènes d’émeutes urbaines qui se déroulent régulièrement à Montpellier ou à Nantes comme à celles qui ont lieu dans la cité sensible du Mirail à Toulouse où de violents affrontements opposent « jeunes » et forces de l’ordre avec, déjà, une trentaine de voitures incendiées.

Qu’arriverait-il si, dans les jours ou les semaines qui viennent, on assistait à une explosion de violence dans les banlieues, comme cela s’était produit en 2005 ? Vu l’affligeant spectacle qu’offre la situation de Notre-Dame des Landes on est en droit de s’interroger sur la capacité du pouvoir à rétablir rapidement l’ordre républicain. Il ne suffit pas d’avoir à sa disposition d’importantes forces de police, encore faut-il savoir les employer à bon escient le moment venu!