Pourquoi l’affaire Benalla a tué Macron

Un portrait de Macron en couverture du Point avec une question « Est-il (vraiment) sérieux ? ». C’était fin juillet quelques jours après le déclenchement de l’affaire Benalla et ses révélations sulfureuses. L’embarras de l’Elysée, sa tardive réaction et les auditions en rafale par les commissions d’enquête de l’Assemblée nationale et du Sénat d’un aréopage de ministre, préfets et hauts fonctionnaires ont largement alimenté le débat durant cet été meurtrier.

On croyait en avoir fini, au moins provisoirement, avec cette affaire évacuée de la une de l’actualité par la canicule lorsque l’annonce de la démission de Nicolas Hulot a éclaté comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Sans prendre de gants, le ministre de la Transition énergétique annonçait, tout à trac, un beau matin à la radio, devant des journalistes incrédules, qu’il démissionnait.

Non, il n’avait prévenu personne. Ni le Premier ministre, ni le président de la République, ni les membres de son cabinet. Une décision personnelle que lui dictait sa conscience en quelque sorte. Désinvolture, manque de courtoisie, inélégance à l’égard du chef de l’Etat ? Pour Macron, incontestablement, cette démission surprise est non seulement un coup dur pour l’exécutif, mais un affront personnel. Un camouflet sans précédent venant d’une personnalité populaire. Car Nicolas Hulot n’est pas un ministre quelconque. Il pèse lourd politiquement. Numéro 3 du gouvernement il avait rang de ministre d’Etat. Et sa parole est écoutée. Or, en claquant la porte du gouvernement, il met en cause l’exécutif pour son incapacité à tenir « les engagements de la France pris lors de la Cop 21 » et se paye de surcroît le culot de dénoncer les entraves à son action ainsi que la puissance des lobbies au sein du pouvoir. Du jamais vu sous la 5e République qui pourtant est riche en coups tordus. Et voilà « le maître des horloges » contraint de procéder dans l’urgence et contre son gré à un remaniement ministériel qu’il n’avait pas prévu de réaliser dans l’immédiat.

Menace de démission

Et comme pour lui gâcher définitivement cette rentrée l’ami Stéphane Bern se met à ruer, lui aussi, dans les brancards. Le présentateur de l’émission « Secrets d’histoire » qui faisait partie du petit nombre d’intimes venus célébrer à la Rotonde la qualification de Macron pour le second tour de l’élection présidentielle se lamente dans la presse. « On est prêt à mobiliser 450 millions pour rénover le Grand Palais à Paris et pendant ce temps on me laisse me décarcasser pour trouver 20 millions d’euros » avec le loto du patrimoine, déplore celui qui avait été chargé par Macron en septembre 2017 d’une mission de sauvetage du patrimoine.

Un an plus tard le célèbre animateur a l’impression désagréable de servir de « faire-valoir » et menace de démissionner à la fin de l’année pour ne pas être un « cache-misère ». Rien que çà ! Décidément, comme disait Chirac : « Les emmerdes ça vole toujours en escadrille ».

Le pire c’est la réaction de l’Elysée qui après la nullissime ministre de la Culture essaye de minimiser ce « coup de gueule » de Stéphane Bern expliquant que « ses propos ont été mal compris. Il voulait alerter et sensibiliser sur le patrimoine ». C’est vraiment nous prendre pour des imbéciles. Il n’y a pas que le gouvernement à remanier. La communication de l’Elysée est à revoir de fond en comble. Comme cela avait sauté aux yeux lors de l’affaire Benalla où, là aussi, le porte-parole de l’Elysée avait tenté de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Jupiter a perdu de sa superbe

Rejeter la faute sur la communication présidentielle, certes maladroite, n’est cependant pas la solution au problème. Au lieu d’informer, d’expliciter, d’éclairer les Français sur les décisions élyséennes, elle tente de les tromper, de travestir la vérité. Un comble pour un pouvoir qui veut empêcher par la loi la divulgation des Fake news, la manipulation de l’information.

En réalité l’affaire Benalla a créé un véritable traumatisme à l’Elysée. Et Macron ne s’est toujours pas remis du terrible coup de massue qu’il a reçu lorsque l’affaire a éclaté. Ce jour là, Jupiter a perdu de sa superbe. Il a mal vécu sa chute de popularité dans les sondages. Le fringant vainqueur de la présidentielle qui avait bousculé la vie politique jusqu’à en effacer le vieux clivage gauche-droite. Celui qui voulait incarner « le nouveau monde » en fondant son pouvoir sur le respect des engagements pris. Le chef d’Etat qui rêvait d’instaurer une « République exemplaire » par opposition aux dérives et déboires politiques de ses prédécesseurs. Bref, le jeune leader béni des dieux qui réussissait tout ce qu’il entreprenait semble aujourd’hui paralysé au bout de 15 mois de mandat.

Comment expliquer autrement cet incroyable imbroglio sur le prélèvement de l’impôt à la source et ces hésitations élyséennes dans la dernière ligne droite, alors que Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics en charge du dossier affirme que tout est prêt pour janvier 2019. Macron qu’aucune critique n’affectait auparavant semble avoir perdu la boussole. Il doute de lui-même comme de ceux qui l’entourent. Le régime présidentiel qu’il a voulu incarner s’est transformé en exercice solitaire du pouvoir. Et l’affaire Benalla qui plane au-dessus de sa tête comme l’épée de Damoclès en est la parfaite illustration.

Alors, comme le font tous les potentats quand ils savent que leurs jours sont comptés, Macron tente de placer ses copains. L’écrivain Philippe Besson, comme consul à Los Angeles. L’ex-patronne de l’INA Agnés Saal, suspendue pour ses frais de taxi exorbitants, qu’il nomme haut fonctionnaire au ministère de la Culture. Il aurait bien voulu avoir dans son gouvernement le camarade Vert Daniel Cohn-Bendit, mais ce dernier a refusé la proposition. L’illusion du « nouveau monde » s’est dissipée. L’ancien monde fait son grand retour.