Un premier tour couleur bleu marine

Les sondages l’annonçaient les uns après les autres depuis des semaines : le Front national était donné gagnant sur deux régions, voire trois. Et pourtant, comme à chaque élection, la classe politico-médiatique fait mine de s’étonner. « Le choc » titrait ainsi en une le Figaro. Il est vrai que l’ampleur de la vague bleu-marine dépasse les prévisions les plus optimistes.

Avec 27,7% des suffrages le Front national arrive en tête dans six régions et s’affirme comme le premier parti de France. Il devance la coalition des droites (LR-UDI) qui obtient 26,9%, loin devant le PS et ses alliés à 23,4%.

Quels enseignements tirer de ces élections régionales qui consacrent le tripartisme de la vie politique française ? D’abord, la victoire incontestable du Front national qui progresse encore par rapport aux scrutins précédents des Européennes et des départementales où il avait atteint la barre symbolique de 25% des suffrages exprimés. Ensuite, le tassement régulier de la droite au fil des élections. Les Républicains de Nicolas Sarkozy et leurs alliés de l’UDI qui espéraient reprendre huit régions à la gauche devront revoir leurs prétentions à la baisse. Quant à la gauche, elle résiste mieux que ce que les sondages prévoyaient. La majorité qui détenait 21 des 22 anciennes régions métropolitaines-seule l’Alsace avait résisté à la vague rose en 2010-devrait pouvoir l’emporter dans cinq à sept régions sur les treize du nouveau découpage.

Un déni de réalité

Le peuple s’est donc exprimé après une campagne électorale où le gouvernement a désigné le FN comme l’ennemi public N°1. Alors que les islamistes de Daech semaient la mort et la terreur dans Paris et à Saint-denis, Manuel Valls n’a eu de cesse de proclamer qu’il « ferait tout pour empêcher le Front national » de conquérir des régions. Etonnants propos pour un premier ministre qui se devrait d’être pourtant le garant de la démocratie ! Non, ce mot il l’a confisqué à son profit. Il s’autorise à décerner le brevet de démocrates aux uns, et à le refuser aux autres. Problème, le Front national est un parti autorisé. Il a bien cherché à le faire interdire, mais il n’a rien trouvé dans ses statuts de juridiquement répréhensible. Alors l’homme pique sa colère. Entre dans une rage folle. Le soir du premier tour de scrutin alors qu’on attend qu’il prenne le micro pour commenter les résultats à la télévision, comme il le fait habituellement, le Premier ministre est au téléphone. Comme les résultats ne sont pas bons pour la gauche arrivée troisième dans les régions où le FN est en tête, il s’emporte. Il exige que les listes du PS se retirent pour « barrer la route au Front national ».

Une décision grave pour les candidats, les militants qui les ont soutenus et leurs électeurs déçus. La mort dans l’âme les socialistes doivent donc retirer leurs listes dans le Nord-Pas de calais-Picardie et en région Provence-Alpes-Côte d’azur. Un véritable suicide politique pour la gauche dans ces deux régions dirigées depuis longtemps par le PS et où les socialistes ne seront même plus représentés pendant les six années du mandat. Un suicide doublé d’un pari risqué puisque l’oukase ne devrait même pas empêcher Marine Le Pen dans le Nord-Pas de calais et Marion Maréchal-Le Pen en PACA d’être élues dimanche prochain. Pour qualifier un tel aveuglement les psychiatres parlent de « déni de réalité ». En refusant de reconnaître la réalité de la situation, Valls a commis un attentat contre la démocratie. Un véritable crime aggravé du fait qu’il a ordonné aux électeurs socialistes de voter pour leurs adversaires du Parti Républicain. Pauvres électeurs socialistes ! En une soirée ils auront perdu la région qu’ils dirigeaient ainsi que l’espoir d’avoir des élus dans le nouveau conseil régional. Ils auront aussi le sentiment amer d’avoir été manipulés et trahis par des dirigeants sans scrupules qui, de Paris, prennent pour eux des décisions et leur donnent des consignes de vote, comme s’ils n’étaient que des demeurés. Reste à savoir s’ils obéiront !