Présidentielle : cette étrange campagne qui nous réserve bien des surprises

Nous sommes à quelques jours du premier tour et peut-être à la veille d’un basculement historique.

Certes il est encore trop tôt pour faire un quelconque pronostic. Cette campagne inédite nous a réservé déjà tant de surprises qu’il faut rester prudent. D’autant que les instituts de sondages annoncent pour cette élection un chiffre record d’abstention (31%) et un même pourcentage d’indécis, ce qui a pour conséquence de relativiser, voire de fausser totalement, les résultats des études d’opinion. On se souvient que lors des élections régionales de l’année dernière, ces même instituts de sondage prévoyaient que le RN remporterait au moins une région (la Paca), voire plusieurs. C’était sans compter l’abstention massive des électeurs de Marine Le Pen qui boudèrent le scrutin déjouant les pronostics des sondeurs d’opinion.

Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? Tout peut arriver dans cette campagne inédite qui a vu l’émergence d’Eric Zemmour, tel un ovni, sur le devant de la scène politique. Une entrée fracassante de l’ex-journaliste qui entraîna dans sa dynamique le ralliement d’élus de premier plan comme de militants venus pour la plupart du RN mais aussi des Républicains. Mais le parler-vrai a ses limites. Il ne fait pas bon ménage avec la cuisine politicienne où il est de bon ton de flatter l’électeur et de lui dire les choses qu’il aime à entendre en le berçant d’illusions. «&nbspLa politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler ce qui les regarde&nbsp» disait Paul Valéry. Un métier qui ne s’improvise pas et qui explique, en partie, la baisse de popularité d’Eric Zemmour dans les sondages.

Marine Le Pen a fait la trajectoire inverse. Un temps distancée par son concurrent direct elle est aujourd’hui la mieux placée pour figurer au second tour. Comme en 2017, sauf surprise dans la dernière ligne droite, on devrait assister le 24 avril prochain à un duel opposant la candidate du Rassemblement national au président sortant dont la côte de popularité s’est érodée ces derniers jours. La question du pouvoir d’achat s’est imposée comme la priorité des électeurs dans cette campagne atypique avant même l’insécurité et l’immigration. Le gouvernement a immédiatement compris le danger. Impuissant devant la hausse des prix à la consommation il a dégainé la prime inflation, un chèque de 100 euros destiné à aider les familles aux revenus modestes. Un coup de pouce, certes appréciable, mais qui est loin d’être suffisant quand une étude d’Opinion Way nous apprend que 36 % des Français n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois et que 37% disent ne plus pouvoir vivre décemment.

Scandale d’Etat

C’est dans ce contexte qu’éclate l’affaire Mc Kinsey, un scandale d’Etat révélé par une commission d’enquête sénatoriale qui pointe le recours quasi systématique du gouvernement à des cabinets de conseils étrangers. C’est ainsi que le cabinet américain a été particulièrement sollicité pendant la crise sanitaire où il a notamment participé à l’élaboration de la logistique de la campagne vaccinale. Outre le coût élevé de ces prestations – plus d’un milliard d’euros de l’argent des contribuables-on peut s’interroger sur l’utilité des missions confiées à ces cabinets privés qui auraient pu être traitées au niveau des ministères concernés.
Mais là ne s’arrête pas le scandale. La commission d’enquête sénatoriale a aussi découvert que le cabinet Mc Kinsey ne payait pas d’impôt en France et ce depuis au moins dix ans, par le jeu de l’optimisation fiscale, un procédé qui consiste à produire systématiquement des résultats fiscaux déficitaires.
Pourquoi cette mansuétude de Bercy à l’égard d’un des plus gros cabinets de conseil américain qui génère des profits colossaux ? La réponse à cette question se trouve sans doute dans les relations suivies que Macron entretient avec le cabinet Mc Kinsey depuis des années. Plusieurs collaborateurs de ce cabinet auraient accompagné « bénévolement » le candidat Macron pour la campagne présidentielle de 2017. Il s’agirait donc d’un renvoi d’ascenseur de la part du président de la République.
Toujours est-il que l’affaire Mc Kinsey vient polluer la campagne du candidat sortant. Les sondages indiquent que les intentions de vote en sa faveur sont en net recul. Son refus de participer ce mardi soir à l’émission politique de France 2 « Elysée 2022 » où sont invités tous les candidats à l’élection présidentielle sera interprété comme du mépris vis-à-vis de l’électeur-téléspectateur qui attend des réponses à ses questions. Autant de faux-pas et d’erreurs qui font dire à certains que Macron pourrait même être éliminé dès le premier tour.

De son côté Marine Le Pen continue à progresser dans l’électorat. Selon un dernier sondage elle réduit encore au premier tour l’écart qui la sépare de Macron. Avec 23 % des intentions de vote elle n’est plus qu’à trois points du candidat sortant. On comprend la fébrilité de ce dernier qui voit sa côte de popularité baisser alors que celle de Marine ne cesse de monter. Rappelons que le 14 mars dernier l’écart entre les deux adversaires mesuré par le même institut de sondage était de treize points : 30 % contre 17 %. Ce qui rend de moins en moins improbable la victoire de Marine Le Pen. Car pour le second tour, Macron n’a plus de réserve de voix, alors que la candidate du Rassemblement national pourra compter sur le renfort des électeurs d’Eric Zemmour, de Nicolas Dupont-Aignan, d’une partie des LR et de tous ceux qui à gauche ne veulent plus de Macron. La victoire du camp patriote n’est plus seulement possible mais hautement probable. Il est grand temps !