Quand Erdogan se rêve en Hitler

L’information est passée quasi inaperçue. Juste une brève, parfois un entrefilet dans les journaux. Pourtant l’information est de taille. Recep Tayyip Erdogan, le président Turc a cité l’Allemagne nazie en exemple de régime présidentiel efficace. « Dans un système unitaire, un système présidentiel peut parfaitement exister, explique-t-il . Il y a actuellement des exemples dans le monde et aussi des exemples dans l’histoire. Vous en verrez l’exemple dans l’Allemagne d’Hitler » a-t-il précisé.

Prendre Hitler en exemple ! Diantre ! Même en ce 31 décembre où la politique est en veilleuse, une telle déclaration aurait dû provoquer un tollé. Un mouvement d’indignation secouer la planète. Que nenni ! Quatre jours après ces propos tenus en présence de journalistes on attend toujours des réactions officielles.

En France, comme dans toute l’Europe, on fait la sourde oreille. Comme si personne n’avait rien entendu ! Dans la classe politique les seules réactions sont venues de la droite. Tour à tour Thierry Mariani,  député (LR) des Français de l’étranger, le sénateur Roger Karoutchi, se sont étonnés du silence des autorités françaises. Valérie Boyer, la députée (LR) des Bouches-du-Rhône qui suit attentivement les faits et gestes de l’apprenti dictateur a interpellé dès le 1er janvier le gouvernement français. Elle lui demande de clarifier sa position sur la question, tout en renouvelant son opposition à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

Trois milliards pour stopper les migrants

Faut-il s’étonner de cette passivité complice des dirigeants français ? Erdogan peut aujourd’hui tout se permettre. Il le sait et il en profite. L’Europe a trop besoin de lui pour contenir le flot des migrants venant du Proche et du Moyen-Orient. Il vient de toucher trois milliards pour ça et quelques autres compensations, comme la reprise des négociations sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Le pouvoir islamo-conservateur en place depuis 2002 sait aussi qu’il a le soutien des Etats-Unis.

Même si Erdogan n’a pas la docilité servile de ses prédécesseurs vis-à-vis de Washington, la Turquie reste la pièce maîtresse des Américains dans un Moyen-Orient en guerre. Elle fait partie de l’OTAN depuis 1952 et du fait de cette appartenance elle oblige tous les états membres dont la France à lui témoigner leur solidarité. En clair, l’Europe de Bruxelles se trouve pieds et poings liés face à la montée en puissance d’un pouvoir autoritaire en Turquie. Un pouvoir qui a la nostalgie de l’ancien empire Ottoman et qui n’a jamais considéré la république comme un fait acquis. La référence à Hitler n’avait donc rien de fortuit !