Quand l’amateurisme du gouvernement tient lieu de politique

L’actualité du week-end dernier nous apporte de nouvelles preuves de l’amateurisme tout aussi aveuglant qu’inquiétant de l’exécutif actuel.

Dans quelle république bananière vivons-nous ? On peut se poser la question après l’imbroglio à l’Assemblée nationale autour de l’avantage fiscal accordé à l’huile de palme. Ainsi dans la soirée du 14 novembre, les députés votent un amendement prévoyant le report à 2026 de l’exclusion de l’huile de palme de la liste des biocarburants qui bénéficient d’un avantage fiscal. Un vote dont on se réjouit chez Total qui a achevé en juillet la construction d’une bio-raffinerie qui doit traiter chaque année 300 000 tonnes d’huile de palme.

Mais les écologistes ne l’entendent pas de cette oreille. Ils sont opposés à la culture extensive de l’huile de palme accusée d’être responsable de la déforestation de milliers d’hectares en Asie du sud-est. Nicolas Hulot monte au créneau. C’est la panique au gouvernement où l’on comprend immédiatement le danger. A quatre mois des municipales la défection des écologistes serait catastrophique pour La République en marche ! Tant pis pour Total et sa raffinerie de la Mède (Bouches-du-Rhône)… Edouard Philippe prend la parole pour réclamer un second vote de l’Assemblée nationale. L’élection de la veille a été « faite sans débat », « en vitesse », « en catimini ». Tout est bon pour discréditer le scrutin. Une arrogance doublée d’un mépris vis-à-vis de la représentation nationale qu’on a rarement vu affichés aussi ouvertement par un chef de gouvernement sous la 5e République.

Dans la soirée du 15 novembre l’Assemblée nationale fera machine arrière et reniera son vote de la veille en retirant l’huile de palme de la fameuse liste des biocarburants ! Les commentateurs parlent de cafouillage, de volte-face, de rétropédalage, de revirement des députés. Personne ne souligne l’incroyable atteinte au sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs qui est le fondement de toute démocratie. Quand le pouvoir exécutif se substitue ainsi sans vergogne au pouvoir législatif c’est-à-dire à l’Assemblée nationale, on peut légitimement se poser la question de l’utilité d’élire des députés, représentants du peuple souverain !

Nous ne sommes pas naïfs ! Nous savons bien que le pouvoir, lorsqu’il dispose d’une majorité absolue, comme c’est le cas aujourd’hui en France, a tendance à en abuser mais cela se passe en douceur. Pas à grands coups de clairon comme l’a fait le Premier ministre en humiliant les représentants de la nation ! Ce n’est pas ainsi que l’on renouera l’indispensable lien de confiance entre l’Etat et les citoyens.

Décision brutale

L’autre spectaculaire volte-face du week-end dernier s’est produite à l’occasion des graves incidents survenus à Paris en marge des manifestations des Gilets jaunes. Alors qu’une marche déclarée et autorisée doit partir à 14h de la place d’Italie, la préfecture décide subitement d’annuler l’autorisation qu’elle a donnée, autrement dit interdit purement et simplement la manifestation. Une décision brutale, insensée, annoncée par téléphone aux organisateurs, en violation des droits les plus élémentaires du citoyen, et que le préfet de police Didier Lallement justifie « au vu des exactions et des violences commises ».

D’une part il est permis de s’interroger sur l’opportunité d’autoriser un rassemblement place d’Italie alors que le maire du 13e arrondissement a prévenu la préfecture que des travaux sont en cours sur cette place. D’autre part, pourquoi cette décision d’annulation intervient-elle si tardivement alors que depuis le milieu de la matinée la tension ne cesse de monter et que des heurts opposent les forces de l’ordre très nombreuses à des individus cagoulés qu’elles s’efforcent de disperser. Le maintien de l’ordre serait-il devenu une mission impossible dans la France de Macron ? Sans compter que cette interdiction de dernière minute apportera de l’eau au moulin de ceux qui choisissent de manifester sans faire de déclaration préalable.

Un rétropédalage qui témoigne de l’amateurisme de la classe dirigeante et que l’opposition a déjà eu l’occasion de dénoncer dans le passé. Ce fut notamment le cas le 18 décembre 2018 avec ce cafouillage de l’exécutif sur les mesures sociales annoncées pour calmer la grogne des Gilets jaunes. Ce jour-là le gouvernement annonce qu’il entend renoncer à l’extension du chèque énergie à deux millions de foyers ainsi qu’au relèvement du barème électrique pour les gros rouleurs avant de rétablir finalement ces mesures. « On annonce des mesures et puis on les retire, puis on annonce qu’elles sont rétablies et à peu prés dans l’intégralité des domaines » persiffle Marine le Pen. Chez les Républicains Christian Jacob, ne mâche pas ses mots. « Vent de panique à tous les étages : à l’Elysée, à Matignon, à l’assemblée nationale tout le monde bouge au gré du vent. Il n’y a plus de ligne qui soit tenue, plus de cap. On a un président de la République qui ne tient plus rien aujourd’hui » s’emporte le président du groupe LR à l’assemblée nationale.

Des volte-face à répétition qui témoignent de l’absence de cohérence de la politique gouvernementale. L’élite dirigeante donne la fâcheuse impression d’être dépassée par l’ampleur de la tâche. Un flou sur le plan politique que les Français ressentent, et qui n’échappe pas non plus à nos partenaires et concurrents étrangers. Quand à la grève générale du 5 décembre, vu l’amateurisme de l’exécutif, il y a de quoi nourrir de réelles inquiétudes sur son déroulement !