Quand Rocard était dans « le camp de l’ennemi »

De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, toute la classe politique a rendu un hommage unanime à Michel Rocard. Seul Jean-Marie Le Pen ne s’est pas associé à ce concert de louanges. Bien au contraire !

On peut penser ce qu’on veut du fondateur du Front national, on doit lui reconnaître son « parler vrai ». Quitte à choquer comme certains le lui ont reproché. Agacé par l’unanimité des témoignages élogieux le Menhir s’est lâché : « On oublie de dire que M. Rocard fut un combattant de la guerre d’Algérie : dans le camp de l’ennemi ». En quelques mots cinglants Jean-Marie Le Pen sortait de l’oubli (et du politiquement correct) un dossier remontant aux années soixante curieusement passé sous silence par les médias.

A l’époque le conflit algérien coupait le pays en deux. On était pour ou contre l’Algérie française. Le jeune inspecteur des Finances qu’était à l’époque Michel Rocard avait pris fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie. Dans un rapport qu’il avait publié en 1959 il dénonçait l’utilisation de la torture par l’armée. Mais le futur Premier ministre de François Mitterrand ne s’était pas contenté de cracher sur ceux qui luttaient contre le terrorisme. Il avait aussi apporté un soutien actif à l’adversaire. Son nom apparaît en effet parmi les membres du réseau Jeanson. « Les porteurs de valises » qui transportaient de l’argent et des faux papiers pour les agents du FLN opérant en métropole. Ce réseau qui sera démantelé en février 1960 rassemblait des chrétiens de gauche, des trotskistes, des syndicalistes ainsi que des communistes dissidents. Hervé Bourges, Bernard Kouchner, Françoise Sagan ou Marc Blondel, faisaient notamment partie de ce groupe de soutien. Des activistes acquis à la cause des terroristes alors que, dans les rues de Paris et de sa banlieue ceux-ci multipliaient les règlements de compte contre leurs adversaires politiques, attaquaient les commissariats et les véhicules de police.

417 tués en six mois

Sait-on que pour les six premiers mois de l’année 1961, le bilan du terrorisme FLN s’établit à 417 tués dont 11 policiers et 570 blessés dont 32 policiers. Entre 1958 et fin septembre 1961, ce sont 44 membres de la police municipale de Paris qui ont été assassinés par le FLN et des dizaines gravement blessés par balles dans les jambes et la colonne vertébrale. « Pas un mois où il n’y a pas de cérémonie dans la cour d’honneur de la préfecture de police de Paris » relève l’historien Daniel Lefeuvre.

S’il n’a pas directement de sang sur les mains, le tiers-mondiste Michel Rocard s’est fait le complice des assassins. Il avait donc bien choisi son camp. Celui de l’ennemi.

Jean-Marie Le Pen, on le sait, était lui un fervent partisan de l’Algérie Française. L’ancien député poujadiste s’était porté volontaire pour servir en Algérie comme officier de renseignement sous l’uniforme de la Légion étrangère. Pour Rocard, il n’en fallait pas plus pour en faire un « tortionnaire ». Le 2 février 1992 sur TF1 celui-ci lançait : « Il faut tout de même savoir qui est monsieur Le Pen et s’en souvenir. En Algérie, il a torturé ! ». Une accusation gratuite, qui ne reposait sur rien. Poursuivi en diffamation, l’ancien Premier ministre est condamné en première instance, car reconnu coupable de mensonge. Mais il est relaxé en appel à Paris… avec l’excuse de la « bonne foi ». Pauvre justice !