Suffit-il d’être issu de la société civile pour faire un bon député !

Ils sont chefs d’entreprise, cadres, fonctionnaires ou encore employés. Candidats de La République en marche (LREM) ils espèrent entrer en force à l’assemblée nationale dans le sillage de la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle. La marque « société civile » fera-t-elle pour autant d’eux de bons députés ?

L’expression est à la mode. Elle vaut même label pour qui veut avoir une chance d’être élu aux prochaines élections législatives. Etre « issu de la société civile » est devenu plus qu’une référence, une formule magique pour les candidats. Mais n’est-ce pas un miroir aux alouettes pour les électeurs ?

Car qu’est-ce que la « société civile » ? Bien malin est celui qui pourra en donner une définition précise. Venue du grec l’expression est utilisée par Aristote dans le sens de communauté politique. Reprise en latin par Cicéron, elle représente l’unité politique de la cité.

D’après le Livre blanc de la gouvernance de l’Union européenne « la société civile regroupe notamment les organisations syndicales et patronales, les ONG, les associations professionnelles, les organisations de base, les organisations qui impliquent les citoyens dans la vie locale et municipale, avec une contribution spécifique des Eglises et communautés religieuses ».

Par les temps qui courent, l’expression est plus ambigüe et à géométrie variable. C’est le corps social par rapport à la classe politique. Un tantinet polémique, elle se dit d’une personne qui n’a jamais eu de mandat politique. Macron y ajoute sa vision élitiste. La société civile signifiant pour lui une société ouverte dynamique et jeune, tournée vers l’avenir et le progrès.

Les stratèges de LREM sont partis d’un postulat simple. Les Français sont dégoûtés de leur classe politique. Ils aspirent au changement des méthodes et veulent un renouvellement des hommes. Ils en ont assez de ces politiciens qui depuis trente ans leur ont fait tant de promesses qu’ils n’ont jamais tenues.

Vers une chambre introuvable ?

C’est donc le moment de donner un grand coup de balai dans l’hémicycle un peu à la manière des poujadistes qui en 1956 étaient entrés à la chambre des députés avec le slogan « Sortez les sortants ! ». Une partie du travail a déjà été fait puis qu’un tiers des 577 députés ont décidé de ne pas se représenter.

Va-t-on vers une « chambre introuvable » comme le laissent entendre les sondages et les votes des Français de l’étranger ? Au lieu d’être un atout pour le pouvoir, une telle chambre composée majoritairement de députés nouveaux, pleins de fougue mais inexpérimentés, risque d’être au contraire un écueil pour lui.

C’est Louis XVIII qui donnera le nom de « chambre introuvable » à l’assemblée issue des élections des 14 et 22 avril 1815. Elle assure au Roi une très large majorité de députés royalistes. Au-delà même de ce qu’il avait imaginé. Mais ce sont des « ultras ». Ils se veulent plus royalistes que le Roi et tentent d’imposer au pouvoir royal une orientation contre-révolutionnaire.

Louis XVIII sent qu’ils vont vers une impasse. Cette chambre introuvable siège à partir du 7 octobre 1815. Elle sera suspendue en avril 1816 et dissoute le 5 septembre. Elle aura duré 11 mois et 29 jours avant qu’une assemblée plus libérale lui succède.

Plus prés de nous, les événements de 1968 vont conduire aussi à l’élection d’une « chambre introuvable ». L’UDR (parti gaulliste) remporte en juin une écrasante victoire électorale avec 294 députés sur les 485 que compte alors l’assemblée nationale.

Avec ses alliés Républicains indépendants la droite rassemble les trois-quarts des députés. Mais c’est une victoire de la peur. Ces élus conservateurs ont été désignés par un électorat épouvanté par les récentes émeutes, les grèves et manifestations qui se sont succédé au cours des derniers mois. La majorité silencieuse a voté contre le désordre, l’aventure, les menées subversives des gauchistes et pour le maintien de ses acquis.

Mais cette assemblée va se montrer plus conservatrice que le chef de l’Etat et sera méfiante vis-à-vis de certaines de ses initiatives. Cette élection n’aura été, en fait, qu’une parenthèse dans la vie politique mouvementée de cette première décennie de la Ve République. Neuf mois plus tard l’échec du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat contraindra le général de Gaulle à quitter définitivement le pouvoir.

Macron aurait certainement intérêt à méditer ces leçons que nous donne l’Histoire. Les électeurs aussi avant d’aller voter dimanche pour d’improbables candidats dont le seul atout est d’être novice en politique. Un bien maigre bagage !