Taubira la girouette ne partira pas !

Christiane Taubira

Partira… Partira pas ? A ce petit jeu des paris, nous connaissons déjà la réponse. Christiane Taubira ne partira pas d’elle-même. Elle préfère avaler des couleuvres, subir les pires affronts, être désavouée publiquement pourvu qu’elle conserve son statut de ministre d’Etat, garde des Sceaux, ministre de la Justice. Combien de fois a-t-on déjà annoncé sa probable démission ? Combien de fois s’est-on persuadé que l’ex-indépendantiste guyanaise avait franchi les limites de l’intolérable ?

Et pourtant, celle que l’on décrivait comme l’antithèse de Manuel Valls, celle qui indispose par son laxisme face aux discours de rigueur du premier ministre, celle qui a le statut inédit « d’électron libre » au sein du gouvernement, est toujours en poste quelques jours après cette incroyable cacophonie au sein de l’exécutif.

Rassurer ses interlocuteurs

Tout commence le 22 décembre lorsque Christiane Taubira qui effectue une visite en Algérie-que va-t-elle y faire ?- accorde un entretien à une radio algérienne. Elle est là visiblement pour rassurer ses interlocuteurs qu’ils n’ont rien à craindre d’une annonce faite par le chef de l’Etat, au lendemain des sanglants attentats de Paris, de déchoir de la nationalité française les bi-nationaux, même ceux nés en France, condamnés pour actes de terrorisme. « Je vous indique, par exemple, que le projet de révision constitutionnelle qui sera présenté en conseil des ministres mercredi ne retient pas cette disposition » affirme-t-elle avec l’autorité de celle qui est dans la confidence. Une prise de position d’un ministre, et non des moindres, qui vient apporter de l’eau à tous ceux, politiques et médias, qui sont persuadés que le chef de l’Etat a finalement décidé de renoncer à cette disposition que beaucoup jugent « dangereuse » ou « inefficace ».

Mais Hollande prend tout le monde à contrepied. Lors du conseil des ministres de mercredi dernier, il annonce que cette mesure sera bien inscrite dans le projet de révision de la constitution. Au grand dam de la gauche et de l’extrême gauche.

Pas de mots assez durs

Que croyez-vous que fit Taubira, qu’elle démissionna sur le champ comme l’aurait fait n’importe quel ministre, digne de ce nom, ainsi désavoué ? Que nenni ! Celle qui n’avait pas de mots assez durs pour fustiger cette mesure qui lui provoquait « un haut le cœur », comme elle le déclara le 18 novembre sur un plateau de télévision, a totalement changé de discours affirmant que « ceux qui retournent leurs armes contre leurs compatriotes s’excluent eux-mêmes de la communauté nationale ». Voilà un discours bien républicain, loin de ceux qu’elle tenait dans les années 70 lorsqu’elle militait pour la décolonisation de la Guyane au sein du mouvement indépendantiste MOGUYDE fondé par son mari Roland Delannon. Celui-ci dont elle est divorcée aujourd’hui avait été impliqué dans plusieurs attentats et des actions très violentes pour lesquels il a été condamné à 18 mois de prison.

Une parfaite girouette

C’est cette même Christiane Taubira, accrochée à son ministère comme une moule à son rocher qui viendra défendre devant le parlement, à partir du 3 février prochain, le projet de loi portant sur la révision constitutionnelle. Dénuée d’état d’âme, la garde des Sceaux qui s’assoit sur ses principes -mais en a-t-elle au fond ? -, fait ainsi la démonstration qu’elle est une parfaite girouette capable de dire tout et son contraire à quelques heures d’intervalle. Hollande et Valls n’ont pas de souci à se faire. Ils peuvent être sûrs qu’elle défendra le projet de loi sur la déchéance des binationaux avec la même fougue, les mêmes accents de « sincérité » que lorsqu’elle a soutenu en 2013 devant les députés le projet de loi sur le mariage homosexuel ! Par contre, il n’est pas du tout certain qu’avec de si piètres ministres la politique y gagne en crédibilité ! Quand aux électeurs de gauche, il va vraiment falloir qu’ils se fassent une raison… ou qu’ils rejoignent le camp des abstentionnistes !